Yvain, le chevalier au lion

10 Nov 2019

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Texte: Jan-L. Munk
Photo: Audrey Bacon

Ne devient pas chevalier qui veut au temps des roi Arthur et reine Guenièvre. Même si j’étais tenté de croire qu’il serait un peu tard pour moi, il y avait de quoi encore à me faire rêver et cheminer, et tout autant pour ces jeunes et moins jeunes parmi l’auditoire. Ç’aurait été grâce à l’oralité de Pascal Quéré dont la verve a été plus convaincante qu’un texte écrit il y a déjà presque un millénaire.

Au-delà du fait qu’on s’attende à une histoire de gentes dames et de preux chevaliers, le récit (ou conte, diront certains) nous confronte à des réalités intérieures qui ne soient pas aussi tranchées qu’on pourrait souhaiter.

Certes, il y a de ces nobles gens qui se vaillent au-delà des apparences; et il y aura toujours de ces animaux qu’on voudrait sauver et apprivoiser, de ces géants à remettre à leurs justes places, de ces pauvres et bonnes gens pour qui on militerait justice et honneur. Sauf qu’il y aura aussi toujours de ce Maître Queue qui devrait avoir la bouche cousu par des arêtes de serpent. C’est que… qui n’a jamais été langue sale ici? Ou encore qui n’aurait pas souhaité voir une telle personne bien déconfite? Qui n’a jamais connu l’humiliation d’une défaite? En tout cas, je n’en connais pas trop qui s’en sont vanté.

On fait la rencontre d’Yvain, un chevalier parmi les autres de cette mythique cour, pas moins sincère que les autres, animé par sa soif de justice. Est-ce par naïveté qu’il tombe dans le piège de la loyauté inconditionnelle? – ai-je dit «piège»? – Qu’il se trouve tiraillé entre ces loyautés? Mais voilà qu’on le trouve grandi, apprenant à les négocier honnêtement et vaillamment; récompensé pour ses actes de don de soi dont il a fait preuve dans le passé. Comme quoi les coups de main inattendus ne reviennent jamais de nulle part; comme quoi, en rétrospective, sous-estimer sa chance n’est pas un luxe.

Et la force de l’amour, telle qu’on arrive à pardonner non par gentillesse, mais cette humilité qui permet de renouveler sa propre humanité, encore sous-estimée. Si Yvain avait perdu quelque peu foi en la vie, Laudine aussi a pu, elle aussi, se payer un peu d’espoir.

On aura beau dire que «Dieu assiste le bras de celui qui veut la vérité», mais ce sera grâce à des personnes sans prétention comme Lunette qu’Yvain réussira à conquérir cœur et combats. Comme quoi qu’entre Dieu et plus petit que soi, tout preux chevalier  et toute gente dame ne chemine pas sans plus petite que soi; et que rien n’est fait pour rien, ni même un lugubre bûcher.

Merci pour ce beau voyage dans le temps, mythiquement parlant, et qui métaphoriquement s’actualise si bien aujourd’hui.

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