Royaumes déchus

20 Oct 2019

Festival Les jours sont contés

Texte: Marine Pouyfaucon
Image: Josée Courtemanche

« Ah, on est dans un ancien couvent ? C’est drôle, je vais raconter une histoire de nonne. » C’est à peu près dans ces mots que Myriam Pellicane est descendue de la voiture, direction le Centre d’Arts de Richmond en cette fin d’après-midi fraîche et automnale.

La salle était comble pour accueillir ce tout nouveau spectacle, créé spécialement pour l’occasion. Le tissu est tombé, dévoilant un énigmatique cabinet de curiosités : poupées de nonnes au regard figé sous une lampe baroque ornée de plumes, crâne et vertèbre de coyote, bougie, pierre magique, encens et coquillage. Myriam Pellicane apparaît de derrière le rideau noir, allume l’encens. Des volutes de fumée se déploient, et une odeur que je n’avais jamais sentie auparavant envahit la salle, annonciatrice d’un voyage. Sans autre préavis, nous sommes déjà parti·es, suspendu·es à ses mots et à son incroyable présence. Dans un mélange de gravité et de candeur enfantine, Myriam Pellicane chante des ritournelles envoûtantes qui semblent venues du fond des âges; Myriam Pellicane raconte des personnages exubérants aux vies tantôt tragiques, tantôt surnaturelles, mais toujours surprenantes. Elle nous révèle des rituels de sorcière, des combats et des vengeances, des phénomènes inexplicables : l’enfant né d’une pierre puis chauffé dans les braises et trempé dans le lait de mille louves, le minuscule lutin noir devenu homme par le fumet d’un bouquet de basilic, une vierge Marie à tête d’insecte glissant dans le ciel en baignoire à volant de cuir et hélice à réaction, une nonne se découvrant des sensations physiques toutes spéciales après avoir mangé de la salade, des choux de Bruxelles aux visages de nouveau-nés, un Dieu noyé dans le vomi d’un père corbeau venu venger ses filles enlevées, des sardines transformées en enfants… Le macabre et la folie ne sont jamais bien loin, cela pourrait faire peur, mais c’est pourtant fascinant et même le plus souvent hilarant. On est sans voix tout en riant à gorge déployée. On est peut-être dérangés, choqués, estomaqués, cela n’en est que plus délicieux !

Avec aisance, elle entremêle ces récits forts, touchant à quelque chose de l’ordre du sacré, à des échanges intimes avec le public qu’elle interpelle avec dérision, bienveillance et simplicité ; le jeune garçon au tee-shirt Mario Bros se rappellera sans doute toute sa vie de son premier spectacle de conte où il s’est fait voler son sac de chips barbecue par la conteuse!

Secouée par un cocktail d’émotions en apparence contradictoires, mais pourtant bien là toutes ensemble, je suis ressortie de cet ancien couvent avec légèreté et le sourire aux lèvres, en me rappelant que la mort et le mystère font partie intégrante de la vie.

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