Dernier village avant l’azur

18 Oct 2019

Festival Les jours sont contés

Texte: Claire Jean
Photo: Josée Courtemanche

Je ne suis jamais allée en Bretagne ni en Lozère. Ce soir, je m’y suis rendue à travers les mots de Catherine Gaillard. Un long périple dans l’histoire, dans le quotidien de femmes qui ont eu, soi-disant « une vie ordinaire, sans histoires ».

Dès le début, on est happé par le récit : Catherine arrive dans un petit village de Bretagne où il y a un fest-noz (fête de nuit). Elle se retrouve entourée de 1000 personnes se tenant par les bras, serrés les uns contre les autres, qui dansent en tapant du pied, les yeux fermés toute la nuit au son de chant de femmes. Et comme dans une transe, les pieds de tous claquent ensemble. Catherine raconte et on entre en transe nous aussi. On écoute l’histoire de Lucie, qui avait son permis de chauffeur de camion au début du vingtième siècle et qui trouvait tout, d’où son nom : Lucie trouve tout; les sardinières qui ont fait la grève pour de meilleures conditions de travail et qui obtiennent d’être payées à l’heure. Marion, la Robin des bois de la région, qui donnait aux pauvres. On voyage dans les images, les émotions, on voyage à travers l’amour que Catherine porte à ses femmes isolées dans leurs fermes « parce que la boue, ça isole ». On voit le rude paysage, on entend le vent souffler et la boue se coller aux chaussures. On écoute attentivement l’histoire de l’avion américain qui s’écrase dans les champs d’une femme de fermier pendant la Deuxième Guerre.

Dans la région de Lozère, on rencontre une petite fille qui raconte la mort de son institutrice dans une tempête de neige. Bien que la petite fille ait aujourd’hui plus de 90 ans, elle pleure toujours en racontant ce souvenir. Catherine nous rappelle qu’autrefois cette région s’appelait Gévaudan. La bête nous est racontée version femmes. Je pourrais vous parler de chacune des histoires aussi profondes les unes que les autres et empreintes de respect pour celles qui ont accepté d’ouvrir leur maison, de raviver leur mémoire et d’accueillir Catherine avec la chaleur humaine qui les caractérise. Un projet qui s’est échelonné sur plusieurs années. Catherine Gaillard a collecté pendant plus d’un an des récits de femmes pour en faire une seule voix. Un travail monastique de transcription des enregistrements, de relecture pour trouver le fil conducteur. Laisser reposer un long moment et mettre en lumière ce qui s’impose de l’intérieur pour raconter ces morceaux de vies de femmes fortes.

Des morceaux de mémoire du terroir français et breton qui ressemblent à des luttes de femmes vécues au Québec. Le droit d’être payée dignement, la défense de la langue, appelé patois, mais que la conteuse préfère appeler dialecte parce que « dialecte, ça sonne comme se délecter de dialogue. »

Catherine Gaillard nous rappelle qu’il y a des petits pois qui poussent, des morceaux d’avion qui tombent du ciel et qu’au fond, la vie c’est peut-être ça « ramasser ce qui pousse ou ce qui tombe. » Merci, Catherine, pour ces lumineux morceaux de vies.

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