Bizarre.rie.s

21 Oct 2019

Festival Les jours sont contés

Texte: Delphine Machon
Photo: Marie Simoneau

Vous connaissez sûrement cette sensation étrange du dimanche soir, celle où on voudrait poursuivre un peu la soirée et ne pas penser au lendemain.  Ce sentiment bizarre de flottement entre un passé, proche, déjà regretté, et un avenir, pas si lointain, mais qu’on veut repousser.

Hier, en écoutant Julie Boitte et Frédéric Naud, nous étions envahis de sentiments bizarres et de sensations étranges. Mais ils nous ont fait oublier qu’on était un dimanche soir.

Leur duo s’est construit il y a quelques mois, en partageant des textes dont les thèmes étaient semblables et ils ont ainsi préparé pour le festival un enchainement de « bizarre.rie.s ».

L’un après l’autre, l’un avec l’autre, ils ont présenté des personnages surprenants, parfois insaisissables, souvent touchants. Les histoires faisaient alterner des épisodes tantôt fantastiques, tantôt très réalistes.

Nous étions emportés entre une certaine légèreté – grâce aux jeux de sonorité ou à la connivence instaurée avec le public – et une force tragique qui anime les personnages. L’humour, souvent utilisé et manié tantôt avec élégance tantôt avec brutalité, est un masque face au désespoir que vit chaque personnage. La violence, qu’elle soit physique ou morale, est décrite de façon très imagée et métaphorique.

« Jackie bute les mecs à coups de ciseaux dans les abdos, pour voir s’ils en ont, des abdos. »

« Ce matin, Jackie a perdu le sens de sa vie. Impossible de remettre la main dessus. »

« Elle traine sa vie dans son grand sac en toile de jute, tout taché de jus de vie ratée ».

«  Elle était suspendue entre lui, qui l’aimait à sa manière, et la gouttière. La tête à l’envers s’il le fallait. »

Face au quotidien douloureux de ces femmes, aux relations asphyxiantes avec les autres, Julie et Frédéric proposent des échappatoires. Le souvenir des jours heureux de l’enfance, la création d’une carapace, l’oubli, l’enracinement, la métamorphose.  Et l’espoir. L’espoir qu’un jour ces sortilèges maléfiques s’achèveront. Que ces femmes blessées, emprisonnées, recouvreront la liberté et la joie de vivre.

Après avoir écouté et apprécié, les spectateurs rentrent chez eux, animés d’une envie de confort et de réconfort inhabituels d’une fin de dimanche soir. Bizarre.

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