5@7 avec Julie Boitte et Didier Kowarsky

26 Oct 2019

Festival Les jours sont contésNos activités

Texte: Jan-Léopold Munk
photo: Maxime Lessard

Il y a de ces interdits de fréquenter certains lieux qui tombent avec le temps. Ce même temps se défie avec le fil de Lysandre que tiennent nos conteurs, et qui nous entraîne autant dans les forêts fantastiques que dans Les Halles de Paris d’une époque désormais virtualisée. Rivetés à nos sièges, on ne se rend même pas compte qu’on est subjugués au-delà du temps et… du lieu.

Qui ne veut pas imaginer le Paris avec ses charmes perdus? Kafka s’y est-il vraiment rendu? Et la poésie de Poe l’aurait peut-être imaginé; mais c’était Nerval finalement!

Derrière tous ces travaux de voirie lors des années d’après-guerre, au-delà de ces aménagements en série de ruelles perdues pour gentrifier les quartiers, se cachent des énergies, des soucis, des événements, des souvenirs perdus. Des personnages qui trébuchent tous à la même place; en fait, qui ne trébuchent pas nécessairement, mais qui en auraient plutôt l’impression.

Et que dire de ces décalages de temps autour de la rue Saint-Martin où un poète reçoit un de ces coups de beigne venant de nulle part; et qu’il s’en fait prendre d’autres qui le sonnent. Non, il ne s’imagine rien; la preuve, un gendarme avec pèlerine, képi et tout le bazar le ramasse, lui apprend qu’il est le cinquième à ce même endroit qui se trouve assommé par une main invisible.

Quand Julie Boitte nous conduit chez une fileuse devenue tisserande de fils d’ortie dans une chaumière perdue au milieu d’une forêt obscure, on reste sur le bout de nos chaises. Qui portera le chemisier au bout du compte? Résistera-t-elle au seigneur qui exige sa main en mariage? En fait ce seigneur perdra ses dents et ses cheveux avant qu’elle ne porte la chemise de noce. Mais bon, j’ai déjà trop dit, mais vous vouliez tellement le savoir, non?

Et quand Didier Kowarsky revient nous reconduire dans Les Halles près de l’Église Saint-Merri, on enjambe le champ miné des débats laïcité et religion. C’est qu’encore les notions de temps réel et virtuel se brûlent en un amas de cire et de suif qui dépasse tout bougeoir confondu et finit en un incendie auquel ne survivent que de futiles explications. «Tu pries pour qui. Tu cries pour quoi.»

Julie Boitte revient et nous reconduit encore dans une forêt, est-ce la même? Pourtant, celle-ci me semblait plus éclairée! Un homme rapetissant à mesure qu’il tète aux mamelles d’un renne femelle pour rétrécir à la taille d’un dé à coudre au point où il doit être installé dans le ventre d’une femme. Il revient, mais personne ne le reconnaît. Mais lui, il reconnaît son entourage…

Je n’ai pas eu la chienne, mais je prendrai mes précautions si jamais je retourne aux Halles ou dans les Ardennes, à moins que je tienne vraiment à y faire ma dernière randonnée.

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