par Jean-Sébastien Dubé
photo: Isis-Sophia Dostie

Quelque part, sur la scène du Centre culturel Pierre-Gobeil, une flamme jaune fleurit sur une chandelle.  Jihad Darwiche peut commencer à raconter la vie qui bat au cœur de la guerre.

Quelque part, sur la route près de Saida au Sud-Liban, une fleur jaune surnommée « Celle qui attend » illumine le chemin d’une grand-mère prête à traverser le pays à pied pour nourrir ses enfants de ses contes et de leurs plats favoris.

Entre les deux, les récits de Jihad déploieront des images poétiques qui racontent que l’espoir survit même dans les décombres des bombardements…  Si le sujet de ces Récits de vie en temps de guerre est on ne peut plus tragique, il n’est pas ici question de s’apitoyer. 

La soirée commence par un hommage bien senti à la merveilleuse conteuse Jan Andrews, décédée accidentellement quelques semaines avant le festival.  Jihad partage une des histoires favorites de Jan où, en 1942, après un raid allemand sur Londres, un bébé rit devant le spectacle de bulles de savon, faisant sourire toute sa famille.  Déjà le ton est donné.  Jihad remercie Jan de passer la soirée avec nous et lui dédie les récits de son spectacle.

De vieux jeunes amants de 83 et 73 ans s’appuient l’un sur l’autre pour traverser la peur et les privations pendant le conflit. Une « femme-printemps » cultive calmement son champ alors que les tanks entrent dans son village. Une bergère transforme sa bergerie en auberge pour accueillir et nourrir une cinquantaine d’aînés jusqu’au retour de la paix.  Deux frères handicapés se protègent des bombes en se cachant dans les coins de leur appartement jusqu’au chant d’un providentiel rossignol…

Mais aussi ces histoires toutes courtes où une jeune fille est sauvée parce qu’elle est retournée chez elle chercher un livre de poésie, un homme habitué de dormir nu a la modestie de revêtir un pyjama au cas où la mort le surprenne pendant son sommeil, des servantes immigrantes dont on a oublié le nom restent anonymes parmi les victimes du conflit…

On rit. On verse une larme. On est à la fois ému et admiratif devant tant de résilience.  Jihad éteint la chandelle.  Ovation debout.  Gageons que Jan a aimé sa soirée et qu’elle applaudit avec nous.