par Marianne Verville
photo: Josée Courtemanche

Des conteurs qui manquent d’histoires? Ce serait comme un océan qui manquerait d’eau! Pourtant, ils ont bien essayé de nous mener en bateau lors de cette soirée de clôture – et on doit admettre qu’on s’est bien laissé faire, au fond. Gigi Bigot, Pepito Matéo, André Lemelin, Simon Gauthier, Jean-Marc Massie et Didier Kowarsky ont débordé de toutes les limites possibles, y compris celles du temps, pour nous livrer une finale éclatée et éclatante qui n’a pas manqué de récits, oh non!

Pourtant, le début m’a paru un peu difficile, avec une purée auditive du petit chaperon rouge étirée, mais étirée… Peut-être était-ce pour mieux mettre la table à la suite du spectacle, où les conteurs se sont entremêlés pour que chaque spectateur entende « plusieurs voix en même temps », comme l’a rappelé André Lemelin.

Après un conte traditionnel captivant de Gigi Bigot sur un fils monstre qui demande à sa mère une femme à manger, le spectacle est vraiment entré dans le délire annoncé avec une histoire de Didier Kowarsky sans mots, mais avec des sons et des gestes à la pelletée extra large. Impossible de ne pas se laisser aller, hilare, dans son univers inimitable. Rejoint par Pepito Matéo et Jean-Marc Massie sur scène, il nous a amenés dans un triangle de traducteurs-interprètes complètement hallucinant et à faire pleurer de rire. Russe, espagnol, français, onomatopées : on ne savait plus quelle langue on parlait!

Les conteurs se sont succédé sans relâche. Simon Gauthier a poétisé un accouchement sur le LSD dans la neige de Sept-Îles au rythme de l’alunissage d’Apollo 11 : poignant. Jean-Marc Massie nous a transportés dans un bar de Montréal avec son coloc Rrrrrraoul qu’on allait découvrir, lui et ses beautés méditerranéennes aux parfums d’ail et d’agrumes, tout au long de la soirée. Didier Kowarsky a improvisé, comme il sait si bien le faire, une histoire de bergère en fuite d’un cavalier noir, le tout en mode exagération au cube. Pepito Matéo s’est fait aller la chansonnette d’Éloi, mais foi de chroniqueuse, lâchez les foies d’oie et mettez-vous au hautbois… enfin, c’est ce qu’on pouvait en comprendre, pendant qu’on analysait le tout durant l’entracte.

Finalement, la deuxième partie a été beaucoup plus courte, tellement que Jean-Marc Massie a manqué son signal d’entrée sur scène. On l’a pardonné quand il nous a dévoilé, de son parler sans faux-semblant et véridique même dans la fantaisie, les côtés sombres du fameux Raoul… Et puis ce fut Gigi Bigot et ses galettes-saucisses bretonnes : leçon du jour, il faut toujours les manger chaudes! Simon Gauthier nous a joué de la scie, sans métaphore, poussant même des airs connus alors que Didier Kowarsky s’y est joint pour un court récit sur deux pères et leurs fils, l’un riche, l’autre pauvre.

Mon gros coup de cœur de la soirée va sans hésitation à Pepito Matéo, qui nous a fait entrer avec lui dans les rêves de sa femme. Un pur délice de non-sens, un vrai kaléidoscope de paroles! Voilà un conteur qui sait faire rire d’éclats sincères. On voyait tout ce qu’il disait : l’ours blanc, la cousine de Lisieux, la moto qui s’envole, les lumières de la ville-gâteau d’anniversaire et surtout sa femme, qui nous a tous menés en bateau, eh oui.

Comme toute bonne chose a une fin, même si certains auraient préféré que tout ce beau partage, que dis-je, cette explosion d’histoires ne se termine pas, je conclurai avec les mots de Didier Kowarsky qui ont mis un point à ce spectacle de clôture et résument bien mon impression de ce spectacle : « Si c’est comme ça, garde ton essoreuse ». Pour l’an prochain, on s’entend!