par Jacques Falquet
photo: Maïa Pons-van Dijk

Dans la verrière du chemin Rodgers, autour de deux grandes tables, une vingtaine de conteurs et d’amis du conte attendent. Il y a un drap blanc suspendu devant la porte du fond, en face d’un minuscule projecteur posé sur un énorme dictionnaire. On se cale sur les bancs, les chaises pliantes, les fauteuils. On est bien au chaud, le ciel est gris, mais les couleurs de l’automne brillent encore. Et puis Christian-Marie Pons commence son exposé. Sur l’écran, un mot apparaît: « conte ». Puis un point, assorti de la légende « oeuvre de présence », puis « contexte », puis deux lignes qui se croisent, puis un mot, puis un autre, et d’autres encore, dessinant comme une cascade de dominos tombant au ralenti. Une drôle de construction… Elle fait penser à un diagramme électrique ou à une structure moléculaire ou à un plan de métro, en tout cas à quelque chose qui représente schématiquement la réalité et qui aide à la comprendre.
J’en ai suivi le dévoilement avec régal : un portrait du conte tellement complet, et si bien structuré qu’on a du mal à trouver ce qui pourrait y manquer. On y décortique la parole, le travail de ceux qui la portent et la contribution de ceux qui aident les conteurs à la porter, la place de tout cela dans le monde. « Une carte pour voyager, précise Christian-Marie Pons, pas une grille pour enfermer. » Une précision opportune, si l’on se fie aux échanges qui ont suivi. Ce travail de fonds, que mène Christian-Marie Pons depuis quatre ans en collaboration avec Marc Aubaret, du Centre méditerranéen de littérature orale, et les conteurs français Jihad Darwiche, Michel Hindenoch et Luigi Rignanese, n’a de sens que s’il est utilisé aux fins qui ont guidé son développement : éclairer et soutenir la passion des conteurs. Un work in progress qui évoluera avec le temps, qui consolidera les assises du conte, et dont j’espère qu’il sera publié très bientôt.