par Yves Saint-Pierre
photo: Sophie Jeukens

Catherine Gaillard me disait qu’elle a fait son école avec les contes traditionnels, mais qu’elle présente aussi du conte de création. « Ce sont mes deux pieds, pour le répertoire. » Et le matin du 14 octobre, ce sont ces deux pieds qui ont mené la danse de Tournicoti, dans laquelle elle a entraîné les tout-petits de Coaticook.

Catherine les a menés en douceur vers l’attention; d’abord avec la voix, soit dit en passant très crédible, d’une chèvre qui chante pour ses trois biquettes et qui, après avoir fait peur au renard, a causé beaucoup de mal au loup. Le jeune public charmé a chanté avec elle et était maintenant prêt à écouter une plus longue histoire, dans laquelle un tout petit poulet trouve des alliés chez un renard, un loup et même une rivière. 

La conteuse m’a dit n’avoir jamais vu d’enfants aussi calmes. D’après moi, c’est parce que ces enfants étaient envoûtés.

Elle a ensuite demandé aux enfants de choisir l’histoire qui allait suivre : celle qui fait un petit peu peur ou celle qui fait un petit peu rire. Mais attention! Les enfants ne feront peut-être pas le même choix que les parents. Éventuellement, les petits ont eu droit aux deux histoires. Et les petits qu’on avait sentis frémir lors du long combat entre le chat et le rat étaient tout fiers de dire ensuite qu’ils n’avaient pas eu peur. Le conte aide donc à apprivoiser cette émotion. Plus encore, la même histoire montre aux enfants un modèle de héros qui gagne sa vie (un trésor en fait) avec un métier qu’il a toujours désiré, un métier artistique en plus. Quelle belle leçon à donner à des enfants, que celui de ne pas éteindre leurs ambitions.

On m’a souvent dit : « Il n’est jamais trop tard pour avoir une enfance heureuse ». Et bien moi, ce matin, à l’âge où mes collègues de classe sont grands-parents, j’ai vécu une enfance heureuse.