par Jean-Sébastien Dubé
photo: Anthony Lacroix

Il y a cet homme qui ne comprenait pas qu’un conte puisse être interprété de différentes façons. « Quelle importance accorderais-tu à une tasse où l’on ne pourrait boire que de l’eau? », lui répond le sage. Heureusement, hier soir, les tasses de L’arbre à palabre permettaient de boire de multiples boissons (du thé, du rooibos, de la tisane) et des contes juste assez infusés.

D’abord une friandise allemande avec « Les trois fileuses » des Grimm raconté par Anne-Marie Robitaille, avec une reine si souveraine qu’on y croit tout à fait. Puis, c’est à une véritable cérémonie du thé avec le maître Sen no Rikyu en personne que nous convie Marie-Christine Trahan. Là-bas, dans l’alcôve, une branche de cerisier en fleurs et une calligraphie : « Le bol n’est utile que parce qu’il est vide ». Et bien vite, on boit ses paroles en suivant les péripéties de Kintaro, en quête d’un cyclope à exposer dans les foires.

On aura l’occasion de souvent remplir notre bol puisque Oro Anahory-Librowicz nous y servira du thé vert marocain… sépharade. Histoires d’humour et de sagesse méditerranéennes, elle se met un châle sur la tête, commence à raconter de sa voix si apaisante et le silence se fait. Dès lors, on découvre les visages de nos frères humains en compagnie de Ch’ha face à sa voisine, du roi Salomon face à la reine de Saba, du sage Rahim face à un sultan colérique, du rabbin de Séville face à l’inquisiteur… et du cadavre d’un bossu… face à tous ceux qui cherchent à s’en débarrasser.

Après la pause, une nouvelle friandise allemande alors que Michel Thibault nous raconte l’histoire de cette simple servante enivrée du vin de Moselle de son maître qui se délecte d’oies avant de nous ravir les oreilles… Pascal nous offre un monologue tout en « s » superbement sympathique et assez senti. Jan-Léopold Munk nous raconte son amitié d’enfance avec Shiva, une vache attachante… Alexandre Rainville préfère confier à une porte close ses pensées les plus secrètes. Poignant poème!

Enfin, la pluie qui tombe à l’extérieur amène Sophie Biset à nous offrir une dernière rasade de thé noir irlandais avec un nuage de lait: l’histoire fantastique de Brian qui n’avait pas d’histoire à raconter, mais dont le voyage en barque lui fera littéralement découvrir l’autre côté de l’humanité.

On repart dans le soir d’automne le cœur bien réchauffé de breuvages rares et revigoré d’histoires stimulantes.