par Evelyne Papillon
photo: Aurélien Marsan

La salle était bien pleine pour accueillir le conteur, qui a établi un contact privilégié avec le public. Le conte serait «le cinéma des pauvres», nous dit-il. Dans son cas, on pourrait parler de film d’action, car Pépito est très gestuel et énergique. Il fait tantôt la biche, tantôt le crocodile à fleur d’eau, quand ce n’est pas le tour de manège sur des tombes ou l’homme contournant une chorale couchée dans une gare où les trains ne partent plus.

C’est dans la Champagne pouilleuse que commence son improbable voyage à vélo dans lequel de nombreuses histoires comiques s’imbriquent les unes dans les autres. Le fait de raconter des histoires dans sa famille aurait été périlleux et cela le décide de s’en aller de chez lui avec ses souvenirs d’enfance, mais le chemin sera jonché d’obstacles délicieux.

Au besoin, il nous agrandit une scène pour que l’on voie mieux, par exemple l’intérieur d’un baiser. Il sait nous décrire un escalier qui monte en descendant et autres concepts déroutants comme si c’était la chose la plus naturelle qui soit. Il se plaît à déformer les proverbes comme «il faut battre son père pendant qu’il est chaud» et joue avec les mots : «une odeur de purin de chez Charnel». Lorsqu’il utilise du vocabulaire particulièrement recherché, il ironise «je ne sais pas ce que ça veut dire». Il nous rappelle souvent de profiter des beautés gratuites du monde comme un lever de soleil.

Mais surtout, après ce long périple onirique, il affirme qu’«on vit tous côte à côte dans un grand rêve éveillé non privatisé».