par Jean-Sébastien Dubé
photo: Anthony Lacroix

La petite salle du Centre culturel Pierre-Gobeil vibrait sous l’intensité du contage de François Lavallée en ce vendredi soir. Le conteur se disait fragile alors qu’il ne donnait ce spectacle que pour la seconde fois. Or, il semble qu’il ait réussi à dompter cette fragilité pour l’injecter avec brio dans ce spectacle éclaté. Il parvient ainsi à le rendre très touchant et personnel.

Il y a une belle humanité qui traverse ce Testament d’un mammifère. Une p’tite marche (sic) de quatre jours entre Montréal et Dunham, sac au dos pour « partir comme un coureur des bois », devient le prétexte à toutes sortes d’histoires transversales: joyeux souvenirs d’enfance à jouer au baseball avec ses frères à Iberville, conte de la bonne femme Misère et de son chien Peine, douloureux souvenirs d’adolescence, tribulations épiques de Scott McDougal et de son ami Maurice, chercheurs d’or rêvé, etc. D’ailleurs, le Rêve du voyage n’est jamais bien loin de l’expérience concrète de ce même voyage, alors que le conteur n’a de cesse d’entrevoir la Terre de feu et la Patagonie au bout de l’horizon… des Cantons de l’Est.

D’ailleurs, tout le périple part d’un rêve : celui d’être un caribou blessé, incapable d’accompagner la Horde pour la grande transhumance. Un caribou poursuivi par un chasseur : « Je serai sa proie, son espoir, sa vie… » Ce rêve puissant deviendra le moteur de tout le parcours et le rattrapera au retour. Si l’on part, c’est souvent pour mieux revenir parmi les siens.                                                                                                                                                                                                                   

Oui, il rêve intense Lavallée. Il conte, fredonne, chante, fait réagir la salle, répond aux commentaires du public… avec cette même intensité. Pourtant, il reste en lien avec les spectateurs, comme une vieille connaissance qui se confie. Charmé, le public lui a offert une ovation debout.