par Yves Saint-Pierre
photo: Fabrizzio De Barelli

C’est par une citation de Mimi Barthélémy sur le sens du conte que Nadine Walsh a ouvert la rencontre des deux conteuses. Et puis Catherine Gaillard a conté l’histoire d’une mère qui avait sept fils, sept garçons qui sont partis suite à la naissance de leur sœur. Mais lorsqu’elle fut assez grande, la petite sœur a retrouvé ses frères, à l’aide d’une fée sa marraine. Mais c’est alors que l’aventure commence. On a averti la jeune fille de se méfier du méchant voisin, mais, trop naïve peut-être, ou qui sait pourquoi, elle entre en relation avec le méchant voisin et celui-ci soutire tranquillement la vie de la jeune fille. Les frères ont l’occasion de la sauver, mais elle se fait prendre une deuxième fois, cette fois par le parfum de roses blanches, ce qui a le malheur de transformer tous les frères en animaux. Ô, que d’aventures ensuite… un prince, un mariage, une marâtre, deux infanticides, la princesse écartée, le retour du prince… et ils vécurent heureux, enfin! Évidemment, je vous épargne tous les détails, parce qu’il fallait y être. Que celles et ceux qui n’y étaient pas se promettent un rendez-vous avec les contes que conte Catherine. Et que ceux qui y étaient gardent le secret! Sinon…

Au tour de Nadine de répondre par un conte merveilleux, celui d’une femme sans histoire, qui avait tout ce qu’elle désirait sauf des enfants. Elle a obtenu que son désir soit exaucé, et est décédée en accouchant de son fils. Le père se remarie, nouvel enfant, une fille, marâtre, infanticide, amélanchier. Par un miracle et par l’entremise de sa sœur, le fils mort renaît comme oiseau et par magie, enchante en chantant un cordonnier, un bijoutier et des meuniers et hérite donc de souliers, d’un collier et d’une vieille meule. Le hic pour les spectateurs : Nadine qui prête sa voix au chant de l’oiseau… le fait presque dans un style punk. No future now? Mais non, il y a un avenir. Ces trésors serviront à l’oiseau qui retourne dans l’amélanchier et… sans vous donner tous les détails… l’histoire se termine en beauté. (Il fallait y être, mais que faisiez-vous?)

Après ces introductions, ces dames conteront ensemble, en faisant s’imbriquer des contes très semblables. Très semblables au début, de sorte qu’on aurait pu croire que l’une faisait presque une traduction de ce qui avait été dit par l’autre, chacune dans son patois. Sauf que les contes divergent dans leur sens. Vous voyez, dans les deux contes, il y a une jeune femme à qui une seule pièce d’un palais est interdite, mais qui transgressent l’interdit. Dans une des versions, la jeune fille confesse qu’elle est entrée dans la chambre interdite et est destinée à la mort, mais arrive à sauver sa peau, et à faire tuer le bourreau qui allait la tuer. Dans l’autre version, la jeune femme niera jusqu’au bout qu’elle est entrée dans la chambre interdite; bien qu’on lui enlève ses trois premiers enfants; même si, en niant ce que sait sa marraine, elle est assurée d’une mort certaine… mais le refus de se confesser est aussi la vertu de garder un secret, vertu salvatrice pour la marraine puisque la vertu de la filleule renverse ainsi un sort jeté sur la marraine. Les contes divergent donc pour se rencontrer enfin quand la fin de l’un explique la fin de l’autre.

Véritable réussite que cette rencontre!