par Nina Clément-Colson

Ce soir-là, dans cette drôle de maison-là, pas besoin de vous dire qu’on y était bien.

Il émanait des sourires une ardeur partagée et puis, il y avait tout ce vent qui soufflait au visage, comme une présence bienveillante, fatalement complice. J’aime voyager à dos de conteur qui sait que tout fut un jour et donc, y sera toujours.

J’étais le beurre assis dans cette soupe, fondant pour ce non-impossible plaisir; cet oiseau tenu en cage, mais voué à voler, qui inspirera liberté demain; moi aussi, comme ce roi qui possède, ordonne et soumet, j’ai souri à l’enfant qui promet; j’haletais de rage sous d’accablantes peaux; je mangeais cru le corps de ce petit trésor et dansais chaque fois plus intensément à l’idée qu’elle ne pouvait être la dernière.

Il faisait bon d’être tous ensemble, bien au chaud, en immenses blocs de terre.

Je regardais Michel, ah! ce qu’il était beau, il semblait jouer avec l’histoire comme on pourrait parler au vent.

Je m’élevais du sol à fermer les yeux, emportée là où bon lui semblait. Il appuyait ses mots d’une émotion musicale profonde et juste, composait la texture même de ce que nous étions. Ces ouragans d’émotions manipulées avec brio rendaient l’espace infini, irrésistible.

Ce soir-là, dans cette drôle de maison-là, pas besoin de vous dire qu’on y était, on sait.