par Jean-Sébastien Dubé
photo: Sophie Jeukens

Avec pour seuls accessoires un mouchoir, une valise, un châle et une lanterne, Nadine Walsh nous fera vivre la traversée fantastique d’une jeune irlandaise qui quitte son île d’émeraude pour refaire sa vie dans le lointain et mystérieux Canada. Tant le texte que l’interprétation de ce spectacle à mi-chemin entre le théâtre et le conte – avec des emprunts au mime et au chant – auront su charmer petits et grands. Si la comédienne n’hésite pas à franchir le quatrième mur pour interpeller la salle, l’histoire qu’elle porte s’appuie souvent sur des éclairages simples mais d’une redoutable efficacité.

Nadine, qui est d’ascendance irlandaise, reconnaît volontiers qu’il y a une part de Fiona en elle.  J’ai eu beau regarder, je n’ai pas pu vérifier si elle avait les pieds palmés… Elle aurait aussi des ancêtres chez les fairies que cela ne m’étonnerait qu’à moitié. C’est qu’on prétend que ces gens du « petit peuple » pouvaient se métamorphoser à loisir… 

Par les seuls jeux de son corps et de sa voix, les métamorphoses de Nadine impressionnent :  elle devient tour à tour la petite Fiona de 9 ans, Morbac le hargneux capitaine du Pandora, Dagada la grande et grosse conteuse qui fume la pipe, Owen le marin… Puis, peu à peu, elle en viendra à incarner une sirène, un lutin, un rat à lunettes, puis une multitude d’elfes, de selkies (femmes-phoques), de farfadets et d’autres créatures fabuleuses. Elle sera aussi une aigle, un faucon, un moineau, une loutre et un gros chien jaune.

On voit tout, on comprend tout.  Les images sont claires, pas de méprise possible. S’il s’agit d’un spectacle accessible aux enfants et qui intègre beaucoup d’humour, les inévitables réalités d’une telle traversée au XIXe siècle – la famine, la maladie et la mort – sont aussi nommées sans lourdeur ni pathos. Le tour de force que réussit Nadine Walsh est d’ancrer ce conte pétri de folklore celtique à un cadre historique solide, jamais didactique, qui renvoie néanmoins à l’actualité. Le tout, en préservant une certaine légerté et un esprit ludique caractéristiques du monde de l’enfance.