par Maude Huard
photo: Anthony Lacroix

Deux chaises roses entourent ce qui pourrait s’apparenter à une chambre d’enfant : un singe en peluche (rose) repose sur l’une des chaises, des dessins sont accrochés au mur, un téléviseur miniature (rose, lui aussi) projette Pocahontas. Par ces quelques éléments de décor, Jean-François Hamel réussit à saisir l’insurmontable nostalgie de Nancy, une éternelle enfant qui « pleure devant la calligraphie de ses neuf ans ».

Après s’être imprégné du décor, on entre dans l’univers du recueil de poèmes de Simon Boulerice, Nancy croit qu’on lui prépare une fête, texte empreint d’humour et de vérité, par une chanson de Marie Carmen. Entre l’ombre et la lumière, on aperçoit, en quelques mots, la mélancolie de Nancy qui « n’a pas de talent pour vivre ». Son quotidien désolant est rythmé par ses échecs et par sa sueur, qu’il ne faut surtout pas prendre « pour des larmes ».

L’intonation de la voix de Jean-François Hamel, toujours juste, nous accompagne à travers les petits drames de Nancy. Elle « se veut belle comme à l’époque des tresses françaises » et « des fraises élastiques » malgré ses « vergetures de 7up ». Elle s’imagine être une princesse, même si tout ce qui la rapproche de ce conte de fées est sa « robe de Pocahontas à deux piasses » qu’elle a dégotée à l’Armée du salut dans la section des déguisements pour enfants. Elle se fait croire qu’elle est une magicienne en mettant dans l’eau des tulipes en plastique. Mais surtout, elle espère qu’on lui prépare une fête pour ses 21 ans.

Nancy n’aura pas de fête, seulement un cambriolage à son retour d’Afrique. Mais dans son petit coin de jardin, à l’endroit où elle a enfoui ses dents de sagesse, « une tulipe a poussé », comme par magie.