Par Stéphanie Ratovonarivo

Je me suis surprise, dans le reflet de sa scie musicale, la bouche béante et le regard pétillant. Mon dieu! Ce Simon Gauthier-là il m’avait bien eu. Pendant 2 heures, qui pour moi ressemblaient à de courtes minutes, j’ai réellement décollé de la Maison des arts de la parole. Le sol s’est lentement dérobé sous mes pieds, les murs s’évanouissaient progressivement et voilà que j’étais dans les Laurentides, à Tadoussac, sur Robben Island et même dans une ville du Moyen-Orient bien longtemps avant Jésus Christ.

De la génération de ceux qui vivent avec un écran vissé dans la main, j’étais là devant un gars qui racontait des histoires sans images à l’appui, sans objets pour illustrer. Sacré défi de garder l’attention de la vingtaine de personnes présentes! Pourtant, nous étions tous pendus à ses lèvres.

À la différence de regarder ta série préférée sur ton ordinateur, de t’enfoncer dans le siège d’un cinéma pour regarder une niaiserie, dans le Conte, tu te retrouves seule avec ta tête et ton conteur. Pas d’écran, pas de quatrième mur pour maintenir la distance. Un échange brut, foudroyant, un échange très intime au final.  Dans le genre expérience mystique, je vous assure, on en était pas loin… C’est comme si on pouvait palper la tension dans la salle, c’est comme si on était tous en communion, mais dans notre imaginaire quand même. Ça fais-tu du sens ce que je dis ? Je vous assure… un truc de fou.

La première affaire que j’ai dite à Simon après le spectacle c’est :  » tu m’as volé mes mots ! ». Je n’arrivais pas à expliquer cet échange que nous venions d’avoir! Il avait fait valser les mots dans l’air, il avait capturé chaque image et décortiquées brillamment celles-ci en lettres pour les laisser s’épanouir dans notre esprit. Sur son site internet, les gens le qualifient de cinéaste du conte tant les images s’imposent d’elles-mêmes dans votre tête. J’y étais dans ses histoires : comme une caméra qui suit un personnage, comme une petite souris qui assiste à chaque scène. 

À la fin du spectacle, je me suis volontairement écartée de la foule. Comme une enfant gâtée, je faisais du boubou : NON ça ne pouvait pas être fini pour vrai. Il me fallait du temps pour rassembler mes esprits et évacuer mon trop plein d’émotions. Finalement le bonheur est dans les choses les plus simples… la magie aussi d’ailleurs ! Vivement un autre spectacle de conte…