Texte par Valérie Fiset-Sauvageau
Photo par Josée Courtemanche

« Une nuit sur la lande, il y a trois sorcières assises par terre. » Ainsi débute L’histoire de Macbeth, roi d’Écosse de Jeanne Ferron. L’artiste apparait, seule sur scène, entourée de rideaux rouges et vêtue d’une robe noire. Puis d’un coup, le public est happé. J’oublie que je suis assise dans la salle Le Tremplin, que le Festival les jours sont contés vient de commencer, et que dehors la pluie ruisselle sur l’automne.

Simple et puissant. Deux mots qui ne rendent pas justice à l’impressionnante performance de Jeanne Ferron. Elle tourbillonne, prêtant son âme et son corps aux personnages qui hantent cet univers de meurtres et de prémonitions. L’émotion est vive, débordante. Des rires se nichent parfois sur nos lèvres, malgré le sérieux de l’intrigue; l’artiste sait comment alléger la tension …pour mieux nous y replonger.

Crée il y a plus d’une vingtaine d’années et inspiré de Macbeth de William Shakespeare, ce spectacle palpite encore avec force, habilement conduit par une artiste d’expérience, valsant entre l’intensité et la légèreté. Il n’y a pas d’artifices superflus : quelques jeux d’éclairages, discrets, un peu de podorythmie et de courts airs fredonnés aux bons moments. Pourtant, Jeanne Ferron nous transporte, à mi-chemin entre le conte et le théâtre, par l’art de la parole.

Sa voix, à la fois unique et multiple, s’élève avec une fureur digne des plus grandes tragédies, nous atteignant tel un roulement de tambour. On y entend le ricanement des sorcières, le tintement des épées, le souffle des spectres et l’avidité sanguinaire de Macbeth. Une voix comme la foudre qui tombe sur le royaume d’Écosse. Précise et éblouissante.

La prestation s’est terminée. Les applaudissements ont résonné, longtemps. À mes côtés, une dame aux yeux brillants de ravissement s’est exclamée : «  Quel incroyable cadeau nous avons eu à Sherbrooke ce soir! » Je ne pouvais qu’approuver.