Texte par Evelyne Papillon
Photo par Aurélien Marsan

Inspiré des archives de l’Intendant Ocar en Nouvelle-France, en 1738, le spectacle réinvente l’histoire d’Esther, une des premières Juives venues de France, au destin fort complexe. La passagère clandestine aura besoin de se travestir, de se cacher, et de faire valoir ses capacités pour être prise sous l’aile d’hommes de différents métiers. Mais la Nouvelle-France, ladite terre de liberté qu’elle rejoint à grand-peine, à l’aide de subterfuges et d’espoir, s’avérera plus inhospitalière que prévu. La bienveillance des Hurons-Wendat et la légende entourant une oie adouciront quelque peu son sort.

Françoise Crête conte depuis une quinzaine d’années et est issue du théâtre. Cela transparaît dans ses interprétations justes et ses chants habités. Mais la particularité de ce spectacle est qu’il est constitué d’objets variés aidant à faire progresser l’histoire en suggérant des lieux, des personnages et des décors. Par exemple, un sèche-bas de laine qui avait appartenu à la mère de la conteuse devient tour à tour un pont ou différents enfants d’une famille. Il faut le voir pour le croire. Mme Crête a travaillé avec le Théâtre de la Pire Espèce pour apprendre à mettre en scène les objets et découvrir leur potentiel narratif. Elle dit également avoir improvisé ses textes au départ, souhaitant obtenir un résultat plus parlé que littéraire. Une trame sonore vient compléter l’ambiance du conte, constituée entre autres de vagues et de cris d’oie.

Le public était d’une écoute attentive, comme captivé par ce décor évocateur et cette histoire de femme audacieuse. Il semblerait qu’un volet éducatif soit aussi présent par la bande, malgré l’imagination ajoutée à l’histoire. Au-delà de connaissances historiques et géographiques, le spectateur a pu apprendre du vocabulaire moins connu comme « épectase », juif « marranne » ou « gabier de vigie ». Enfin, ce qui était une initiation au théâtre d’objets pour la majorité de la salle s’est avérée un pur émerveillement.