Texte par Valérie Fiset-Sauvageau
Photo par Maïté van de Werve

« Galanga était fils de roi. » Cela pourrait être le début d’un conte merveilleux, d’un conte issu des fruits de l’imagination. Il s’agit plutôt du commencement d’un long périple, vécu par tant de femmes et d’hommes pendant des centaines d’années, depuis les terres de l’Afrique jusqu’à celles du Brésil. Perles de liberté, c’est une histoire d’esclavage, mais aussi d’espoir, de résilience et de résistance, présentée par la conteuse belge Sophie Clerfayt dans le cadre du Festival Les jours sont contés.

À la manière d’une orfèvre, l’artiste a cueilli ses gemmes d’inspirations dans les traditions orales de plusieurs peuples africains, autochtones et brésiliens, dans des ouvrages historiques, dans son vécu personnel au Brésil, puis elle les a taillées, entrelacées et polies pour qu’apparaisse un petit bijou de spectacle. Loin d’être didactique, le récit ensorcelle un public ne sachant plus ce qui tient de la vérité et ce qui tient du mythe.

Sur la scène de la Maison des arts de la parole, l’artiste incarne des personnages savoureux, complets, dessinés avec finesse. Rosa, pétillante, au sourire ensoleillé avec ses deux uniques dents, qui s’occupait de sa biquette et fumait une longue pipe. Pedro, révolté, au regard fier, qui n’a jamais baissé les yeux devant les gardes et le maître. Et bien sûr Galanga, patient et attentif, le roi qui est devenu esclave, puis de nouveau roi et héros sous le nom de Chico Rei.

Ce que les livres d’histoire ne peuvent transmettre, la parole, elle, le peut, avec une véracité et une émotion plus poignantes que l’encre et le papier. Au fil de sa prestation, Sophie Clerfayt change de rythme et d’intonation. Sa voix, parfois douce et posée, se transforme pour être violence, dure et claquante tel un coup de fouet. Des chants profonds s’élèvent de ses lèvres vermeilles. Ils semblent venir du fond des âges. Son conte nous transporte ailleurs, nous fait vivre, voir, mais aussi entendre et ressentir une panoplie de détails : les danses sur le pont du navire négrier, l’éclat de la pioche dans la mine d’or, le couvre-chef en plumes du dauphin rose, le vent salé sur la peau et la morsure du collier de fer.

Quel chemin mène vers la liberté? Si vite perdue, mais si difficilement regagnée. La conteuse ne donne pas une réponse unique, elle qui s’est inspirée des écrits de Nelson Mandela. La liberté est précieuse, délicate, telle une perle dans son écrin de nacre. Le spectacle se conclut et Sophie Clerfayt nous rappelle que l’esclavage a été aboli il y a seulement 130 ans dans ce coin du monde.

En sortant de la Maison des arts de la parole, la première neige de la saison chatouille le public de ses baisers glacés, tandis que les échos du Brésil et de l’Afrique résonnent encore à ses oreilles.