par Clarisse Thomasset

Forte de mon initiation au conte et à la littérature orale suivie à la Maison des arts de la parole, je me réjouissais de découvrir une nouvelle conteuse (pour moi) et d’étudier son style, en plus de me délecter de son récit.

Ma première pensée a été « ce n’est pas ce qu’on m’a appris! » : le conte doit commencer par « il était une fois » et doit se raconter à la troisième personne! Passé cette surprise, j’ai réalisé la pertinence du choix de Renée Robitaille de raconter à la première personne : elle était le fil conducteur du récit, et dans ce récit, nous a fait passer d’un conte à un autre, au gré des personnages atypiques qu’elle rencontrait durant son périple. Elle a emporté nos esprits et notre imaginaire avec elle. Les changements de voix, d’attitude et d’expression de son visage étaient bluffants et nous permettaient de plonger entièrement dans chaque conte. Elle a également réussi à nous faire vivre l’ambiance d’un lieu reculé comme la Baie James. Un endroit si éloigné, si fermé aux nouveaux, si étrange aux étrangers, et pourtant rempli de croyances, de secrets, de rituels, de personnes attachantes…

Pour moi c’est ça la magie du conte : permettre à chacun de s’évader tout en étant présent : sans public il n’y a pas de conteur, et sans conteur il n’y a pas de public. Ensemble, nous choisissons de partager un moment intime rempli de spontanéité. Les rires, les craquements de plancher, la palette d’émotions ouverte par le conte est vécue dans une énergie commune, avec pour seul outil et seule limite notre imagination.

Les minutes de chaleureux applaudissements du public ont attesté du remerciement sincère de toutes ces oreilles, de tous ces esprits que Renée a bercés et emmenés avec elle pendant une heure et demie sans interruption.