par Sophie Jeukens
photo: Anthony Lacroix

C’est au milieu des couleurs de l’automne, alors que les arbres avaient le feu au corps et nous, la flamme du conte bien vive au creux du ventre, que le festival Les jours sont contés a donné sur l’Estrie son tant attendu coup de baguette magique. Pour la 21e fois.

Cette 21e édition, elle avait ceci de spécial qu’elle était aussi – en quelque sorte – la première. Parce qu’au lendemain d’un 20e anniversaire endiablé, Petronella Van Dijk, son infatigable fondatrice, a franchi courageusement le dernier pas de la passation, en m’en léguant la direction artistique. C’était un cadeau précieux. Et plus grand que nature. Le cadeau de 20 ans d’histoire, comme autant de piliers sur lesquels bâtir notre Maison; sur lesquels écrire nos histoires à nous. Car la mémoire est remplie de tiroirs; quand une histoire s’achève, une autre ne fait que commencer.

Durant onze jours, nous sommes tombés – et retombés – sous le charme de onze artistes aussi coloréEs que les forêts d’octobre ! Des conteurs et conteuses d’exception, mais aussi – et peut-être surtout – des gens d’une rare générosité.

Nous nous rappellerons longtemps la grâce de Marta Singh, la sincérité d’Ivan Coyote, la fougue de Catherine Gaillard, la chaleur de Jean-Claude Botton, les bouffonneries de Colette Migné, l’intensité de Patrik Ewen, l’unicité de Myriam Pellicane. Et aussi l’énergie débordante de ceux et celles qu’on ne se lasse pas d’entendre: Nadine Walsh, Franck Sylvestre, François Lavallée, Joujou Turenne. Ceux qui permettent à l’art du conte de grandir dans notre coin de pays, pour fleurir au-delà des marges.

Sans compter tous les membres du Cercle des conteurs des Cantons de l’Est, qui célébraient cette année les dix ans de leur regroupement. Ceux et celles qui ont conté aux 5 à 7, qui ont fait résonner leurs mythes au logis; ces complices et collaborateurs de tous les instants sans qui le Porte-voix ne serait que bien peu de chose.

Dans un monde où la vague virtuelle laisse partout ses traces, le festival Les jours sont contés garde le cap, et continue de faire résonner une parole en chair, en os et en vives voix. Une parole qui porte en son cœur tout ce qu’il y a en nous de profondément, d’essentiellement humain.