photo: Anthony Lacroix

Ce vingt-troisième festival, il a d’abord eu une couleur de défi.
Celui de faire plus avec moins; de colmater à vitesse grand V la brèche laissée dans notre planning béton par une coupure de subvention un peu tardive.
Alors nous avons relevé nos manches, bricolé en quelques heures une campagne de soutien aux allures de S.O.S., mis les bouchées doubles.

Et les coudes serrés, nous y sommes arrivées. Soulevées comme à la courte échelle par toute une communauté de conteurs, spectateurs fidèles et autres sympathisants, dont la solidarité et la générosité n’ont jamais cessé de nous surprendre.
C’est tous ensemble que nous avons mené du train (à force d’histoires), et que nous avons habité, pour onze jours, cette Maison des arts de la parole qui est la nôtre. Comme autant de « musiciens de Brême » empilés, nous avons pris possession – encore une fois – de ce territoire en marge du monde qu’est le conte.

Nous en avons exploré tous les recoins, en complicités comme en contrastes, jusqu’à en repousser les frontières.
Il y a eu des cowboys et des femmes-corbeaux, des fantômes et des fées, des testaments de mammifères et de la poudre d’escampette; des artistes d’exception, surtout.
Et toujours, même au-delà des conventions et hors-champ des habitudes, un public pour placer sa confiance entre nos mains, un public nombreux, curieux, infiniment précieux.

Au fil des jours, un festival s’est tricoté, sous les doigts des Achille, Arleen, Dale, Didier, François, Françoise, Marta, Myriam, Renée.
Un festival dont on savait déjà qu’on se souviendrait longtemps.
Parce que Myriam Pellicane nous a fait le magnifique cadeau d’y présenter la première officielle de son tout nouveau Vagabonde. Avant de partager la scène avec Didier Kowarsky, en éclats comme en éclipses, dans un duo lunaire qui aura su déchirer la nuit.
Parce qu’Achille Grimaud et François Lavallée y ont ouvert un saloon-laboratoire, où se sont déployées les premières expérimentations de leur Western conté en gestation.
Parce qu’il s’est fait le théâtre d’un spectacle de clôture tout en improbables rencontres – du traditionnel au contemporain, de la vraie à la fausse Bretagnes, de la mort au rire.
Et pour tant d’autres choses.

D’autres défis nous attendent sans doute.
Qui viendront recolorer le festival; qui en changeront, peut-être, le visage tout doucement.
Mais nous sommes confiantes.
Nous saurons redoubler de créativité et d’audace; nous saurons, toujours, en faire de la beauté.