Texte par Marine Pouyfaucon
Photo par Jean-Claude Lefebvre

Quand Jeanne Ferron rentre sur scène, c’est comme si j’étais venue voir une tragédie grecque : je sais très bien que Juliette et Roméo seront morts dans 1h15, mais il demeure une part de mystère sur l’enchaînement des événements jusqu’à ce dénouement sinistre. La conteuse nous en livre une version unique, teintée de sa personnalité et de son univers tant loufoque que solennel, incarnant la nourrice de Juliette qui ne perdit pas une miette des quelques jours s’étant écoulés entre la rencontre de Juliette et Roméo, et leur séparation.

La nourrice, la servante, la confidente, la messagère, même la bête de somme !, personnage haut en couleur au verbe délié dans lequel se mélange parfois, il me semble, le texte originel de Shakespeare.

Jeanne Ferron nous parle d’amour. Et elle le fait à merveille. Au-delà de ses mots, elle nous fait littéralement vivre toute la palette de sensations que l’on peut traverser en amour. La surprise, la découverte, la curiosité, le cœur qui bat, la poésie, l’irrationnel, l’incompréhension, l’excitation, le rire, la légèreté, la peur, la tristesse… Heureusement, seuls les personnages auront été anéantis par l’amour ce soir-là.

Ce qui me fascine chez Jeanne Ferron, c’est combien elle conte exactement pareil pour les adultes et pour les enfants. Son énergie, son humour, ses mimiques, sa gestuelle, ses chansons, ses déplacements, sa fantaisie et son sérieux : elle est exactement elle, atypique, merveilleuse, et ça marche.

Une fois les jeunes amants endormis et mariés pour l’éternité, Jeanne Ferron a laissé le silence s’installer. Puis elle a entamé un morceau de trompette, chant du cygne tragique qui a scellé la destinée du Montaigu et de la Capulet.

Much to do with hate. But more with love.