par Claire Jean
photo: Fabrizzio De Barelli

Tout laissait présager une soirée grise et venteuse. On le savait, la météo l’avait annoncée. Au studio Mouvance à 22h15, une bougie a été allumée sous un éclairage tamisé et Jihad Darwiche a fait entrer le soleil dans la salle en prenant la parole pour nous présenter ses complices Lynda Bruce, Jacques Falquet et Mafane, les conteurs qui ont partagé la nuit avec lui. 

À eux quatre, ils ont réveillé quelques personnages millénaires des 1001 nuits: les rois Shâhriyâr et Shâh Zamân, Shéhérazade et sa soeur Dunyâzâd, le cordier et ses sandales, les génies, les oiseaux, les marchands, les gazelles, le portefaix et les trois dames. Nous avons traversé des royaumes sauvages, des déserts, des forêts, nous avons visité le Yémen et Bagdad avec pour seul passeport l’envie d’entendre des histoires. On a même retrouvé Nasreddine le fou sage avec ses contes philosophiques ou absurdes, mais toujours justes. Par moments, on entendait les histoires à travers les respirations régulières de ceux et celles temporairement tombés dans les bras de Morphée. Cette nuit, il s’est passé quelque chose.

Samedi matin 6h20, on applaudit les conteurs, leur sensibilité, leur écoute et leur disponibilité.

On range les matelas, les coussins. On emballe ce qui reste de nourriture, on ramasse nos couvertures. On se ressemble tous, les yeux creux, la démarche lente, mais le sourire aux lèvres. Dans la salle, les images continuent à circuler, les mots et les phrases se cachent dans les recoins de la pièce ou se faufilent dans nos sacs. On en rapportera chez-soi et c’est très bien. La bougie est consumée, le café est bu et dehors, le temps est doux.

Il s’est passé quelque chose. On a ouvert un espace pour faire de la place aux contes.

Merci Jihad, merci Lynda, merci Mafane, merci Jacques!