Par Jade Bourgeois

C’est dans une ambiance intimiste qu’a été lancée la treizième édition du Festicourt, hier soir à la Salle Le Tremplin. Les artistes Queen Ka et Amélie Prévost, accompagnées de leur metteure en scène Émilie Gauvin, ont parti le bal avec leur tout dernier spectacle : Fol ouvrage (Torcher des paillettes). Un spectacle encore en chantier (ça ne paraît pas du tout!) qui évolue au fil des présentations et des répétitions, créé avec l’idée d’être transportable partout en tournée, et donc de tenir dans une valise.

Difficile de qualifier le style de Fol ouvrage (Torcher des paillettes) tant les genres s’entremêlent et se suivent. De la poésie, de l’humour, du slam, de la musique et du théâtre se déroulent sous nos yeux et coulent dans nos oreilles, sans jamais que le rythme ne s’essouffle.

L’entrée en scène est douce, mais forte : Queen Ka projette son texte dans le noir, tandis qu’Amélie Prévost suit la ligne de sa silhouette avec une toute petite lumière. Puis, le ton est amené. En déclamant un texte sur nos ancêtres féminines et leurs combats, Amélie Prévost enlève couche par couche pas moins de six paires de bas nylons. Elles rejoignent le sol à mesure que l’artiste est libérée de leurs prisons, comme autant de batailles que les femmes d’aujourd’hui n’ont plus à mener. Le sujet est donné : Fol ouvrage (Torcher des paillettes) est indéniablement féministe. Féministe oui, mais un féminisme aux multiples facettes. La mort, le rapport au corps, l’enfance, l’amour, l’amitié et la religion y sont traités… La vie, au fond.

Leurs voix tantôt fortes, tantôt douces, au micro ou projetées, enfilaient les textes sans jamais faillir. Celui sur l’amitié m’a fait monter les larmes aux yeux, tout comme plusieurs autres dont les mots ont touché juste. Un moment fort de la soirée est sans contredit leur « haïku dyslexique », dont la mise en scène éclatée et physique a fait rire aux éclats – et même pleurer – toute la salle. Sans trop vouloir vous dévoiler de punch, le tout avait l’air d’un intense combat de sumo arrosé d’une couche de littérature orale exaltée. Fol ouvrage (Torcher des paillettes) est un spectacle bien ficelé, aux symboles évocateurs et à la prose poétique, engagée et touchante.

La discussion qui a suivi la représentation fut animée et intéressante : le public posait des questions, donnait son avis, échangeait des rires avec les artistes. Une continuité tout en douceur et en intimité, parfaite finale à un spectacle puissant. Fol ouvrage (Torcher des paillettes) fut une extraordinaire incursion dans le monde de la littérature orale et une belle découverte. Que du beau et des émotions : je m’en souviendrai longtemps.

 

Photo: Jean Beaudoin