par Marie-Pier Boisvert

Je vous l’avoue d’emblée : adepte de lectures publiques, je n’avais jamais assisté à un micro ouvert à la Maison des arts de la parole, ni même dans le cadre du Festicourt. Mais hier soir, post-lancement, post-Sporobole, les braves qui ont bien voulu remonter les marches jusqu’à la MAP c’était des vrais, comme on dit. Des pur·e·s et dur·e·s. J’étais un peu intimidée, pis en plus Marie voulait que je lise quelque chose. « Laisse-moi te tordre un bras », qu’elle a dit. C’était comme arriver dans un party de belle-famille, mais même pas accompagnée : tout le monde se connaît, ils ont des insides que tu comprends pas, mais tu veux beaucoup trop qu’ils t’acceptent comme une des leurs.

On a commencé tard mais ça a valu la peine : les performeur·e·s ont vraiment vidé leurs trippes sur le plancher fraîchement mopé de la Maison (métaphoriquement, quand même ; je précise parce que le Festicourt, c’est souvent littéral). Sophie et Marie ont orchestré tout un micro. Accompagné·e·s de Benoît Converset à la contrebasse et René Zeledon au saxophone, les poètes peinturaient les murs de la Maison des arts de la parole de toutes les couleurs. On s’est fait asperger de tristesse, saisir de fatigue, baigner de mélancolie. On s’est teints en blond pour un soir, on a scandé des slogans dans une manif d’outremer. On a eu droit à une performance vintage, rédigée sur l’affiche du premier festival du texte court. On a dit à beaucoup de monde : « Fuck you estie ». Même Sol s’est invité au micro, dans un conte tellement sidérant que les applaudissements n’en finissaient plus.

Marie a finit par me convaincre : moi aussi finalement, j’ai lu un truc. Non non, je ne vous le copierai pas. Ce qu’on s’est dit, ce qu’on s’est lu hier soir, ça se raconte pas vraiment ici : fallait être là.