Par Marine Pouyfaucon
photo: Marianne Verville

Soirée spéciale au coin Well-King, 9e soirée Cabaret pour l’ouverture du 9e festival du texte court ! Pour l’occasion, Sophie Jeukens avait revêtu son costume de JF-sans-barbe pour animer cette soirée « Extravaganza » aux côtés de Mathieu Proulx.

Mehdi Hamdad, « Monsieur Jambon-Papa », venu tout droit de Montréal sur son 36 fraîchement repassé, a entamé les festivités. J’ai été rapidement séduite par ce grand personnage, aux allures de crooner, sourire éclatant et yeux rieurs… D’abord a capella, puis accompagné de sa guitare, son timbre de voix envoûtant voyageant sans cesse du grave aux aiguës a su tout autant me toucher par ses textes subtils, que nous faire rire aux éclats avec ses anecdotes racontées spontanément entre deux chansons. En une finale parfaite, il nous a invités à chanter en cœur un poème de Jacques Prévert magnifiquement mis en musique.

Je garderai un souvenir intense de la dernière performance de la surprenante Lady Sin Trayda aka Kai Cheng Thom. Vous savez, quand on répète un mot plusieurs fois de suite, on finit par en perdre le sens… C’est assez effrayant! Essayez de le faire avec votre propre prénom, si familier et pourtant si vite dénué de sens après une dizaine de répétitions. On dirait que ce phénomène épargne le mot « No ». Avec un langage corporel impressionnant et des modulations de sa voix, Kai Cheng Thom a exploré une large gamme de ce mot si court aux utilisations si nombreuses. De la détermination au plaisir érotique non assumé. De la colère à la douleur inacceptable. Pour finir par s’aventurer dans le public, nous adressant des regards droits dans le corps, suivis de « no » rieurs, comme si aucun d’entre nous n’était à son goût… Une belle façon de nous faire (re)découvrir que le sens d’une parole réside parfois si peu dans le mot, mais tellement dans le corps.

Après la pause, on a continué à écouter les « corps » des artistes du micro libre : la peur au ventre avec le chant-guitare de Sébastien Doyon ; le texte d’un Anthony Lacroix en chest et la respiration saccadée après 10 pompes; la sexualité avec Frank Poule ; le langage dans un texte composé par Ismael Rose ; les besoins primaires corporels avec la performance inédite de Mélissa ; et aussi un détour poétique dans Hochelaga avec Simon Leclerc.

Malgré les craintes exprimées par certains, tous les artistes de la soirée se sont succédé sans se faire ombrage, offrant à un public chaleureux une soirée de performances aussi variées que saisissantes. J’en garde un petit goût pétillant de reviens-y… Cela tombe bien, le festival du texte court, ça dure encore 3 jours!