texte et photo: Petronella van Dijk

Aie… écrire une chronique impliquant Marta Singh, une de mes conteuses préférées, quel stress. Surtout que la soirée se passe en espagnol, dans un restaurant, avec Marta qui n’a pas une projection de voix à tout casser. Et en effet, il a quand même fallu tendre l’oreille après avoir transformé le restaurant en petit salle de spectacle… sans amplification.

Toutefois, dès qu’elle commence à parler, l’envoûtement commence.

Elle est grande, mince, toute vêtue de noir comme pour surtout laisser la place et toute la place à l’histoire. Mais malgré les décorations très nombreuses et très colorées de la salle, c’est elle qui apparaît dans toute sa grâce et, comme sa voix est difficile à entendre et sa langue difficile à comprendre, je me concentre sur ce corps noir. Gracieux, souple et qui, par moments, me rappelle les mouvements brusques et si justes du tango (ou du flamenco?)

Son vocabulaire gestuel est impressionnant, tant pour ce qui est de son visage et de ses mimiques, des modulations de sa voix, que de ses bras, de ses mains, de ses poignets, sans parler de ce corps si attentif à tout ce qui se passe dans l’histoire.

La soirée se passe en fait en quatre étapes. La première où elle raconte comment elle est entrée en contact avec le conte merveilleux qui est au centre de la soirée (Le vol de l’enfant par les fées, conte traditionnel irlandais), la seconde où elle présente le conte, la troisième où elle raconte comment ce conte-là lui a ouvert les yeux et les oreilles sur l’impact potentiel des contes merveilleux dans la vie de tout un chacun et de comment ça change sa vision du monde, du conte, de la vie, et puis un conte pour illustrer tout ça encore une fois. Un conte sur notre cécité, notre surdité, notre paralysie face à la vie, au monde, à tout ce qui, souvent tout simplement, pourrait nous redonner la vue, l’ouïe, l’espoir.