par Marine Pouyfaucon
photo: Shant Shahbikian

Il était une fois une danseuse et une poète dans une forêt. Enfin, non, sur une route.

Il était une fois un Loup. Imposant, il se déploie dans des mouvements gracieux et un silence énigmatique. Poil soyeux, air curieux. Sans grandes dents, ni manigance.

Il était une fois Sindy. Enchaperonnée dans son coton ouaté rouge, les yeux plantés droit devant, la bouche d’un rouge encore plus vif. Des mots des mots des mots, l’intensité s’immisce à l’intérieur. Le rythme lancinant des mots m’emporte et me fait perdre à plusieurs reprises le fil du voyage. Je me raccroche aux images et sensations fortes que nous offrent les deux artistes.

Sindy en boule sur la banquette arrière, je l’imagine quelque part perdue sur la Transcanadienne.

Un Loup désemparé et pourtant si beau, sans visage, tout en corps, en manque cruel de nature. Arriveront-ils à destination?

Une performance inédite d’Elise Legrand et Alex-Ann Boucher, un conte urbain déroutant.

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A quoi rêvent les ours en attendant le printemps? Le collectif For body and light nous invite à un voyage au cœur de l’hiver. La poésie bilingue et les accords de guitare de Ian Ferrier installent une ambiance lunaire, apaisante et inquiétante à la fois. Proche de la transe… La neige va-t-elle arrêter de tomber? Les corps des amants  – hommes? ours? – se cherchent dans leur sommeil. Mouvements, respirations. Je t’abandonne-tu t’accroches-je te fuis-je te retiens. L’espace de danse ne cesse de se redéfinir par les trajectoires de l’ampoule unique, ronde, lueur de chaleur minimaliste au cœur de cette immensité sombre. L’hiver s’échappe de l’oreiller. La danse se poursuit, emprisonnée dans les plis d’un hiver-toile blanche gigantesque.

A quoi rêvent les ours en attendant le printemps? La toile se soulève, l’hiver se fait soudain tanière. J’ai eu la chance de faire partie des quelques invités à y pénétrer. Les ours dansent, les lumières virevoltent, le bruissement des parois de la tanière et son odeur délicate de poussière humide m’envahissent. On est là, accroupis, en cercle sous la voûte légère mais si enveloppante. Regards complices, pétillants, solennels presque. Chacun semble touché par ce rituel comme s’il faisait partie d’une tradition universelle.

Je voudrais rester là, encore. Mais la neige a fondu. La tanière a disparu. Je retourne m’asseoir à ma place, et tandis que les lumières se rallument, je reste insensible à l’agitation de la Salle du Tremplin qui reprend son allure réelle. Chut… Le rêve de la cabane où je m’endormirai l’hiver prochain est en train de prendre racine.