par Marianne Verville

Toujours avec brio, toujours avec justesse, les conteurs Donald Dubuc et Petronella ont su nous amener dans un autre univers. Cette fois, le public a eu droit à une virée légendaire grâce à deux grandes histoires issues de la tradition orale amérindienne. Des chants traditionnels anishnabe et atikamekw, guidés avec entrain au tambour et à la voix par le musicien Félix Michaud, ont entouré chaque conte, comme pour créer un cocon propice à la découverte et à l’accueil de ce spectacle brillant.

Chacun des deux récits partagés cherche à expliquer la création du monde, à comprendre d’où viennent les humains, à donner une signification aux mystères de la nature. Ces histoires remettent aujourd’hui de la magie et de la beauté dans des phénomènes parfois trop bien cadrés par la science, en plus de nous replonger dans des époques lointaines et une culture trop méconnue.

Le titre du spectacle « L’enfant couvert de poux », est aussi celui du premier conte de la soirée, raconté par Petronella. Dans un monde où l’été n’existe pas, l’enfant couvert de poux est toujours inconsolable. Abandonné par sa mère, il est sauvé par son mistapeo (un géant au grand coeur) qui lui permet de retrouver les siens. L’enfant libéré de ses poux ne trouve toutefois toujours pas la paix et n’a comme souhait que de chasser les oiseaux d’été. Tout le village se met donc en quête de ces oiseaux et envoie les animaux d’hiver à leur recherche. Les péripéties s’enchaînent jusqu’à ce que cet hiver sans fin trouve son dénouement, quelque part dans le chant des oiseaux et des étés très courts du Nord. Comme à son habitude, Petronella a su nous transmettre directement l’émotion de cet enfant tourmenté à travers une interprétation d’une sobriété désarmante.

Le deuxième conte, livré par Donald Dubuc, mettait en vedette le légendaire Tshakapesh, un homme excessivement fort et rusé, notamment grâce à sa sœur qui ne cesse de l’avertir du danger, vers lequel il fonce pourtant avec adresse. Après avoir vengé la mort de ses parents attaqués et mangés par le gros ours de la montagne, Tshakapesh accumule les exploits contre des ennemis aux intentions malfaisantes en contournant tous les pièges qui auraient pu mener à sa perte. On lui doit d’ailleurs la raison pourquoi l’homme ne peut entrer que trois doigts dans sa bouche (semblerait-il), pourquoi les humains n’ont plus autant de poils que les animaux et pourquoi l’enchaînement du jour et de la nuit existe. Donald Dubuc a su nous fait rire et susciter l’admiration pour ce personnage aux capacités hors du commun à travers chaque épisode de cette histoire en série, un peu à la manière des contes de Nasreddine, mais en plus virulent et fantastique.

Mon seul bémol de tout ce beau spectacle, c’est que j’en aurais pris un tout petit peu plus long. Mais comme dirait Petronella, il faut que ce soit tel un gâteau au chocolat : vaut mieux en avoir encore envie que d’en être saturé!