par Jean-Sébastien Dubé

Le lundi 19 octobre se tenait Le conte contemporain : traditions et mutations, une journée de réflexion organisée par Christian-Marie Pons, en collaboration avec la Maison des arts de la parole et le Conseil des arts du Canada. Elle était l’occasion de réunir deux conteurs et formateurs d’expérience, Michel Hindenoch et Didier Kowarsky, pour entendre leurs points de vue croisés sur l’art qu’ils pratiquent l’un et l’autre depuis plus de vingt ans.

Pour éviter que l’on assiste à un autre épisode de la sempiternelle guerre des Anciens et des Nouveaux, le Sieur Pons (aussi connu comme le « Chevalier des tables rondes ») avait choisi d’emmener ses conférenciers invités à se rejoindre plutôt sur leurs points communs : Qu’est-ce qui est essentiel à la pratique du conte? Du reste, comme l’a judicieusement rappelé Michel Hindenoch, on est toujours le néo-conteur de quelqu’un d’autre…

A priori, difficile de trouver deux conteurs aux pratiques plus dissemblables que celles de Hindenoch et Kowarsky. Le premier plongeant ses racines dans les arts plastiques et la musique traditionnelle, le second provenant de la danse et du théâtre. L’un qui s’attaque à de grands archétypes de la littérature orale (le minotaure, le renard, les simples d’esprit, etc.), assis, accompagné de son instrument comme les bardes d’autrefois; l’autre qui crée des spectacles avec des structures ouvertes, ce qui lui permet d’improviser des récits toujours en mouvement, tel un funambule sur un fil de fer.

Pourtant leurs réponses à cette question des essentiels se rejoignaient souvent, même si le ton et le vocabulaire différaient. Qu’il fût question de l’importance de la présence ou de l’attention qui permet disponibilité et vivacité, de la mémoire du corps ou de la mémoire expérientielle auxquelles les conteurs doivent faire confiance, de tradition populaire dynamisée par l’imaginaire ou du couple patrimoine-matrimoine, de l’atteinte d’un état de grâce (duende) ou d’« être pris » par la beauté… La vision du conte de ces deux-là était sensiblement plus proche qu’on l’eût d’abord cru. De même pour les obstacles à la pratique : opinion sur sa performance, souci de soi, peur, besoin de plaire ou encore tyrannie, impudeur, indélicatesse…

Une rencontre que d’aucuns ont qualifiée de « nourrissante », « riche » ou même « géniale » et qui alimentera certainement le travail et les questionnements des conteurs et spectateurs présents. Une participante aura eu l’occasion de partager cette citation de Rodin avec la salle : « Il faut savoir discerner dans la tradition ce qu’elle renferme d’éternellement fécond. » Il est stimulant de constater que de telles occasions de féconder la réflexion sur le conte deviennent récurrentes à la Maison des arts de la parole.