par Amélie Aubé Lanctôt

Hier soir avait lieu, à la salle le Tremplin, le spectacle de clôture du Festival du texte court de Sherbrooke. Sophie Jeukens, la directrice artistique de la Maison des arts de la parole, a choisi de rassembler, pour célébrer les 10 ans du festival, trois de ses coups de cœur des dernières éditions.

Tout d’abord, l’artiste Queen Ka est montée sur scène pour nous livrer des textes qui paraîtront bientôt sous forme de recueil. S’inspirant de son enfance et de son adolescence, l’artiste d’origine tunisienne, mais née au Québec, a plongé en plein cœur de ses racines pour nous faire voyager sur une poésie qui, à mon sens, était très lumineuse : « Je cherche l’émerveillement des débuts, je cherche encore, tellement.

Ensuite, une Claudine Vachon qui avait l’air bien sage endimanchée de sa robe blanche et de son foulard rose a, à l’aide de ses vieilles bottines noires, pesé sur le moteur pour « driver » la salle et nous mener, surtout, sur des autoroutes américaines jonchés de villes, d’usines et de suites d’hôtels aux milles et un tapis poussiéreux.

Pour finir, le performeur Sébastien Dulude a posé sur scène, comme s’il s’agissait d’un lit nuptial, un poulet entier et bien frais, qu’il s’est immédiatement mis à câliner pour ensuite sortir un couteau et faire subir à l’animal mort, ainsi qu’à lui-même, quelques interpénétrations où l’amour devient quelque chose de sadique et de masochiste. En trois temps, et ponctué d’un poème qui servait la performance, l’artiste s’est agrafé de la peau de poulet sur la cuisse, s’est rentré, sans que le public ne le voit entièrement, un morceau de son acolyte dans l’anus et, après avoir ingurgité un autre morceau, s’est mis à vomir, dos au public, sur scène.

C’est donc ainsi, ayant réussi encore une fois avec sa programmation audacieuse à déstabiliser le public avec l’idée qu’on se fait parfois de la poésie, que le festival du texte court de Sherbrooke s’est clos.

photo: Maïa Pons