par Jan-Léopold Munk
photo: Anthony Lacroix

Comment sont-ils arrivés à construire un show avec une innocente (elle n’était pas banale quand même!) partie de pétanque, un côtoiement (parfois lugubre, je l’avoue!) entre la vie et la mort, la piété et le sacré, et un sacrilège tellement démoniaque sans risquer le chaos? J’sais pas.

Je dis ceci surtout parce qu’on a parlé de chaos. Le chaos des mythes et des fausses croyances à travers lesquelles les vérités paradoxales peuvent nous interpeler jusque dans le quotidien. L’impertinent saint Georges de Françoise Diep et la Mort injustement punie par Dieu d’Achille Grimaud nous rappellent qu’il reste toujours à apprendre à composer avec cette vie telle qu’elle est, avec les mythes qu’on lui associe et la réalité crue avec laquelle on ne doit pas se priver de l’associer.

Mais ce qui m’aura le plus secoué, c’est la totale liberté que se sont donnée ces artistes pour me faire dépasser les scrupules, pour creuser les dédales des multiples mémoires collectives que j’ai dû frôler dans ma vie. Ce sera Myriam Pellicane, avec le monde labyrinthique de contes noirs qu’elle dévoile sans vergogne, qui m’aura le plus secoué l’inconscient.

Didier Kowarsky aura charmé et fasciné le public avec ses représentations du monde animal. Ce monde de loups et de daims, avec leurs dents, leurs rires, qu’il arrive à nous représenter avec son visage humain, mais brutalement animal, au-delà des masques de civisme que nous portons…

Pour Françoise, la douce mamie, qui s’affirme sans élever la voix, je ne regarderai plus jamais les peupliers sans penser au doigt de Lucienne levé au ciel, Lucienne qui a su s’affirmer «catégoriquement», mais aussi, je me rappellerai que depuis toujours Dieu a trouvé bon ce qui a été créé; à Myriam, la diablotine cornue (ici je suis coupable d’euphémismer ton personnage), qui dénonce mes hypocrites impostures auto-justifiantes, je n’oublierai pas ta dénonciation humaniste ni ta manière de déterrer les mensonges dans les inconscients les plus profonds; à Didier, l’auvergnat cinglant, l’illusionniste fou du village, je me souviendrai ta manière de nous rappeler que les femmes sont ici pour rester, en ces temps où les manchettes nous mettent dans la face qu’on n’est pas aussi civilisés qu’on le prétend; et pour Achille, le taquin breton, qui nous a amenés à voyager dans les landes, je respecterai désormais les lois des contrées où j’ai grandi, et je cheminerai sans crainte du crieur de la nuit.