par Marine Pouyfaucon
photo: Petronella van Dijk

Après un long périple sur la route vallonnée, nous laissons la voiture au bord du chemin. Impatients, nos pieds suivent les flèches jusqu’à la forêt. Ça sent le froid de l’automne, je la cherche des yeux. Un imposant homme-arbre nous toise depuis le bord du sentier, puis la voilà qui apparaît : nous entrons dans la yourte.

André Lemelin est installé devant le gros poêle en fonte. Nous sommes en cercle autour du puits de lumière de la yourte, comme nous le serions autour d’un feu. Une chaleur tiède nous enveloppe, et on se laisse emporter avec délice par la fougue d’André Lemelin. Il nous partage trois contes traditionnels à tiroirs, remplis d’anecdotes qui font sourire, comme celle d’un dentier en érable qui produirait du sirop au printemps.

Les enfants comme les plus âgés réagissent spontanément aux récits. Éclats de rire, exclamations, questions pour préciser l’existence des lieux racontés… André laisse la place à chacun pour s’exprimer, interrompt ses histoires pour prendre le temps de nous répondre.

D’abord, l’histoire du curé qui rêvait de s’acheter un cheval, où l’on apprend que statistiquement, lancer l’argent de la quête en l’air au-dessus d’une ligne permet d’obtenir de chaque bord deux sommes égales au cent prêt.

Puis, l’un de nous ayant trop chaud, André Lemelin installe une pause improvisée pendant laquelle notre hôte s’occupe de dégrafer quelques-unes des fenêtres de la yourte.

Le conteur reprend avec l’histoire d’un pommier prodigieux aux pommes tellement grosses qu’une seule permettait de cuisiner douze tartes aux pommes! Ladite tarte était si délicieuse que même St-Pierre, Dieu et la Mort en personne sont descendus sur terre pour y goûter. Morale de l’histoire: « Si t’as pas une vie des plus vertueuses, trouve-toi une spécialité culinaire ».

Pour finir, nous embarquons dans les aventures de Jean Goupil. Nous rions de ses bons coups, comme la fois où il avait réussi à déjouer les agents de la Prohibition pour faire passer autant de barils d’alcool qu’il en faudrait « pour saoûler la moitié de la Gaspésie pendant un mois ».

Une fois le spectacle terminé, le conteur nous confie qu’il a trouvé extraordinaire de conter sous la yourte. Qu’il s’y est senti chez lui. Merci André Lemelin de nous avoir offert un tel moment d’échange, où la dimension de transmission des contes traditionnels de la bouche aux oreilles trouvait toute sa signification.