par Marie-Pier Boisvert

Un show littéraire dans un salon, ça a quelque chose d’un peu européen, non ? Une pratique presque kitsch, un peu voyeur. Ok, le salon de Sarah Bertrand-Savard, c’est pas le salon de Germaine de Staël : une chance !

De 17h à 22h hier soir, j’ai assisté à 2 spectacles qui mettaient en scène 3 artistes sherbytownaises : Sophie Jeukens, Marie Lupien-Durocher et Ariane DesLions. J’étais en première rangée, les pieds sous Jack, l’énorme bouvier-golden ; the best seat in the house, entre la cuisine toute blanche et le salon vidé de tout sauf le piano. Et nos chaises.

La seule de ces 3 poétesses que je ne connaissais pas, encore c’était Marie, alors je commence avec elle. Elle nous a livré trois contes : une réinterprétation de Cendrillon, une histoire du far-west et la légende d’un ours aux roses blanches. De dire qu’elle nous a fait voyager, ce serait un peu facile. Elle nous a plutôt fait grimper sur son dos (d’ourse blanche) pour nous montrer ce qu’elle avait à nous dire. La lumière du jour baissait et on ne s’en rendait pas compte ; on était ailleurs, ligotées sur des tracks de chemin de fer, cachées dans un panier d’osier, baignant nos cheveux dans une rivière ou secouant notre aimé pour qu’il se réveille.

Sophie, elle, ne nous a pas invités à grimper sur son dos ; c’est plutôt elle qui a grimpé sur nous, chacune de ses 4 performances creeping up le long de nos bras. Faut dire que la cuisine en backgroud ça avait tout un effet pendant qu’elle expliquait fiévreusement comment cuire une tarte aux pommes, puis qu’une voix électronique dictait comment perdre du poids en 3 étapes (étape 2 : se couper les bras). Il fallait la voir enjamber les spectatrices et spectateurs pour leur murmurer des poèmes dans l’oreille : le malaise, toé. Cette hyperproximité que nous vivions déjà se retrouvait tout à coup étalée à même l’espace entre nos chaises, trop petit pour que Sophie y passe sans nous toucher.

Après une pause-lunch-vin-bière et quelques confidences échangés autour du feu, j’ai réalisé que nous n’avions jamais été dans un simulacre de salon parisien : nous étions au chalet, en famille. Une famille choisie.

C’est justement cette famille de voisinage qu’Ariane est venue nous chanter, à 20h. Elle nous a raconté des histoires de quartier, a fait vivre ses personnages à travers le public : elle a dit vouloir nous rappeler qu’on est pas tu-seuls. Ça a fait beaucoup de bien, et par moments, les auditrices et auditeurs (moi compris) ont travaillé fort pour contenir leurs émotions. Faut dire qu’elle nous parlait, Ariane. Assez directement. Elle nous a brassé le dedans avec sa voix, nous a chanté des berceuses, même: une poétesse who takes care. Mais c’est la musique qui m’a conquise : ces notes de piano, classique et pop à la fois, c’était des acolytes parfaits qui remplissaient à nouveau l’espace très petit entre nos chaises, pis encore on se laissait toucher.

 

Tsé, je savais déjà que y’avait du talent à revendre dans les salons sherbrookois : mais mettons que y’en avait juste du ben, ben concentré chez Sarah hier.

On recommence quand ?