par Marianne Verville
photo: Maïa Pons

Dimanche soir, nous avons eu droit à une expérience quasi scientifique : mettre les conteurs Didier Kowarsky et Myriam Pellicane sur une même scène, appeler le spectacle Lune et l’autre, agiter et voir la réaction. Il faut dire que le duo n’avait jamais partagé la scène auparavant; le public a répondu nombreux, jusqu’à faire salle comble, pour observer ce phénomène. Ce fut effectivement captivant, déconcertant et unique!

Il est cependant bien difficile de faire un compte-rendu quand les artistes mélangent habilement leurs récits avec de la poésie et une grande poignée d’absurde. L’amour, la religion, la mort et bien sûr la lune, titre oblige, revinrent souvent à travers les nombreuses histoires racontées de façon plus ou moins décousue, ce qui n’était même pas un défaut puisque chacun était pendu aux lèvres de nos deux conteurs. Leur jeu très physique remplace bien souvent des mots qui auraient été essentiels à d’autres, pour notre plus grand contentement.

Pour la première partie, les deux conteurs ont davantage joué en alternance. Nous avons eu droit à une princesse sur un palanquin qui mystifie un mendiant, à une jeune fille qui renie un pic-bois et se laisse charmer par un homme pas si bien intentionné, à une fille martyre devenant la Sainte-Affliction statufiée en or et vénérée par les affligés, à Yannick Boloch (aspirez bien la fin du nom) et sa curiosité qui lui sera fatale, à une jolie fille condamnée à faire mourir les hommes, à la méthode pour faire fuir une tête volante et même à un poème de Sophie Jeukens repris par Didier Kowarsky en « preacher ».

C’est vraiment lors de la deuxième partie que nous avons pu sentir le duo, alors que Myriam Pellicane nous a envoyés sur la piste d’un gentlemen complet pour aboutir le terrier des crânes avec une fille séquestrée avec une bobette sur la tête, puis que Didier Kowarsky nous a étourdis avec une vieille licorne sensuelle, tout ça avec les mêmes personnages. Impossible de vous raconter à nouveau cette histoire, et je soupçonne qu’ils ne le pourraient pas eux-mêmes… Mention spéciale à Didier Kowarsky pour ses deux vignerons saouls qui ne savent pas s’ils regardent la lune ou le soleil.

En somme, cette expérience a véritablement pris son sens quand les conteurs se sont mis à repartir une nouvelle histoire sur les bases de l’autre, comme si on passait du côté éclairé au côté sombre de la lune : on était au même endroit et ailleurs en même temps. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de ces artistes chouchous du festival; comment ils arrivent en un mouvement à nous captiver avec de l’impossible, de l’inusité, de l’excès, des contrastes, du saisissant, et qu’on en redemande encore!