par Jean-Sébastien Dubé
photo: Anthony Lacroix

Sur scène, il n’y a qu’un banc. L’enregistrement sonore démarre. Les voix de Conteurs Anonymes (C.A.) s’élèvent. On comprend à quel point il peut être difficile d’arrêter de raconter des histoires une fois qu’on en a fait sa vie. Achille arrive sur scène, en retard à cette rencontre de C.A. Sa voix enregistrée est catégorique : lui ne veut pas arrêter de conter. Il cherche l’Histoire avec un grand H, celle qui sera merveilleuse sans être gnan-gnan. Une histoire universelle qui soigne.

Puis, il s’adresse à nous avec sa voix réelle et il raconte une première histoire, celle de la fille qui cherche « l’histoire qui lui manque » au sein de sa propre histoire, soit l’identité de son père. Dans l’heure qui suivra, on sera témoin d’un chassé-croisé entre le conteur « live » sur scène et cette bande son d’où surgissent différents lieux (une salle de classe, un bureau d’assurance-emploi, une fête foraine), différents personnages (un gendarme, un patron d’entreprise, une psychologue).  

Alors que l’enregistrement porte le récit-cadre de ce conteur-recycleur en quête de la grande Histoire, les interventions sur scène présentent divers courts récits, drôles ou touchants : une histoires d’enfants à la cantine, un employé d’abattoir qui attend d’aller au cirque, un arbre qui a grandi en même temps que le directeur d’une compagnie, Fernand et sa poule, etc.

Achille Grimaud semble s’amuser ferme : sur scène, dans la salle, en coulisse, avec ou sans micro… Il nous offre une chouette prestation de conte-théâtre-monologue où il se permet même certaines réflexions sur métier de conteur : Le conte est-il ringard? Où conter aujourd’hui? Les conteurs auraient-ils besoin de formation?

On en ressort songeur : Et si l’histoire de la discipline contée était justement cette histoire universelle avec un grand H?