par Anne-Marie Robitaille

Ma petite fille de 4 ans était renfrognée, même grognonne en franchissant les portes de la Maison des arts de la parole en ce matin de février. Notre longue marche dans le froid avait passablement engourdi sa bonne humeur et la perspective d’écouter un monsieur lui raconter des histoires, même des histoires avec un bébé, ne parvenait pas à lui redonner le sourire. Elle bougonnait donc avec application et lorsque le conteur la salua gentiment, elle se réfugia dans mes jambes. Pourtant, à peine le spectacle terminé, elle fit spontanément un gros câlin à ce même conteur. Elle était complètement sous le charme de Jacques Pasquet et elle n’était pas la seule.

Une grande part de l’enchantement tient à cette profonde et authentique connaissance des enfants que possède Jacques Pasquet, à la réelle attention qu’il leur accorde et à son accueil sincère de leurs réactions et de leurs interrogations.

D’autre part, les histoires qu’il leur offre recèlent des images invraisemblables et rigolotes qui leur font froncer les sourcils et les poussent à se tourner vers leurs parents en demandant : «ça se peut pas hein maman?» Un éléphant qui n’est non pas doté d’une trompe, mais bien d’une trompette et dont les ronflements pleins de fausses notes provoquent la chute des singes de leur arbre. Un chat allergique aux souris. Une souris à la queue très, très, très, très longue qui prend son envol et atterrit sur une île. Un bébé qui n’a voulu sortir du ventre de sa maman qu’en échange d’une histoire à chaque soir.

Il  les entraîne également dans une escapade au pays des Inuits et leur apprend un moyen imparable d’échapper à l’attaque d’un ours polaire. Nanuq, comme on l’appelle là-bas. Une danse en trois mouvements et un cri menaçant et dissuasif qui nous a bien fait sourire.