par Sophie Jeukens
photo: Josée Courtemanche

Ce fut un automne pluvieux sur les routes de l’Estrie, alors que le festival Les jours sont contés égrenait ses histoires dans toute la région, à grands coups d’imaginaire. Jour après jour, au volant de nos voitures sur les routes-rivières, nous avons parcouru le tout Sherbrooke et fait escale à Coaticook, Magog, Maricourt, Richmond et Valcourt, pour y échafauder des univers parallèles, par-dessus la grisaille et le froid. Avec de la grande visite de France, d’Ontario et des quatre coins du Québec, nous avons traversé onze journées hautes en couleurs, comme les histoires traversent le temps.

À force d’émotions fortes, de rebondissements et d’inattendu en tout genre, ce fut un festival aux accents de folklore, de turlute et de rock’n’roll, une plongée tête première dans l’univers du conte, des veillées les plus traditionnelles aux explorations les plus téméraires.
Un festival qui aura su repousser les limites du conte et mettre au défi un public dont le nombre tout autant que l’ouverture et la curiosité ont plus d’une fois surpassé nos espérances.

Comme point de départ du voyage, un spectacle puissant, où les voix de femmes égyptiennes au cœur de la révolution ont trouvé refuge dans celle de Jihad Darwiche; sur le fil d’arrivée, une soirée de clôture éclatante où les voix se sont entremêlées, entrechoquées, enlacées, dans un flot intarissable d’histoires.
D’un bout à l’autre, douze artistes dont la rencontre – dans une drôle d’alchimie – a su créer son lot de moments plus grands que nature.

Ce fut un immense privilège de côtoyer de près cette bande improbable. De savourer, au quotidien, l’enthousiasme brut de Gigi Bigot, la truculence de Pépito Matéo, la singularité de Didier Kowarsky, le charme énigmatique de Jihad Darwiche, l’authenticité de Jan Andrews & Jennifer Cayley, l’intensité de Simon Gauthier, l’énergie explosive de Jean-Marc Massie. Et de goûter l’univers de ceux et celles dont le passage fut plus bref, mais qui ont su apporter à l’événement leur propre touche de couleur: Daniel L’Homond, Alain Lamontagne, Oro Anahory-Librowicz, André Lemelin.

Leur départ, la fin de tout ça, c’est un peu le calme après la tempête.
Ces jours-ci, les bureaux de la rue Wellington Nord sont étrangement paisibles; la routine reprend doucement les rênes du quotidien.
Et, il faut bien l’avouer, la tempête nous manque déjà.