Par Anne-Marie Robitaille
propos recueillis par Stéphanie Ratovonarivo 

Ça faisait longtemps que j’entendais parler de Mike Burns au  détour d’une discussion ou dans nos formations de conteurs. J’avais vraiment hâte de l’entendre, de le voir conter les yeux fermés. J’ai lu quelque part que Mike Burns qualifiait le conte d’un « art qui résiste à la panne de courant ». Une hypothèse qui se justifiait elle-même pendant le spectacle. En effet, que j’y aille moi-aussi  les yeux fermés, c’était uniquement sa parole qui importait et qui transportait.  À l’écouter, on aurait dit qu’il avait accompagné nos protagonistes tout au long du Canal Rideau. La minutie et le détail rendaient son histoire authentique et surtout bouleversante.

Dans la première partie de l’histoire qui se passe en Irlande,  Mike Burns décrit comment les gens se ruaient pour visiter le père du héros qui contait. « Les gens seraient restés à l’écouter même s’ils avaient de la neige sur les pieds » disait-il. Une belle illustration de mon sentiment à son propos. J’étais accrochée à ses mots : trop peur de perdre un bout de ce périple outre-Atlantique.

Une scène m’a également beaucoup touchée. Celle du vieillard mourant et  terrifié sur le bateau. J’ai trouvé ça émouvant que ce soit le jeune héros qui raconte une histoire au vieil homme pour le rassurer. Un beau renversement comme on les aime !

Ma Tristesse sur la mer nous a révélé un pan de l’histoire malheureusement  méconnu. Le conteur a mis un point d’honneur à nous faire découvrir les réalités et les sacrifices qui entouraient la construction de ce qu’il qualifie comme « la plus grande patinoire au monde » : le Canal Rideau. Il a rendu hommage à des ouvriers, pour la plupart irlandais. Des hommes qui se sont investis littéralement corps et âme dans cet immense chantier. Merci à Mike Burns pour ce devoir de mémoire. Nous avons tous certainement quitter la salle enrichis.