Par Marine Pouyfaucon

Est-ce que tu entends ?…

Les mots que racontent Matthieu Epp, oui, c’est sûr que tu les entends.

Mais entends-tu…

La vibration de sa voix ?

Le bruissement de ses mouvements, tels une danse contée ?

La profondeur de ses silences ?

Tantôt le souffle du vent, tantôt les mélodies envoutantes qui sortent de son accordéon ?

Matthieu Epp est de ces conteurs qui font apparaître des images si vivantes… Tellement vivantes que j’ai senti se déposer sur ma peau les grains de sable des dunes abritant les clandestins sur le départ. J’ai vu la noirceur des eaux traversées par ces immigrants sur la barque d’un passeur aux allures de Charon. J’ai entendu le bruit de la marée s’écrasant sur le rivage fantasmé. J’ai senti sur mon front la laine qui piquent des bonnets tricotées triple épaisseur de Poucet et ses frères, qui les ont sauvé de l’ogre trafiquant d’organes dans cette version contemporaine du conte bien connu. J’ai senti l’odeur du figuier abritant les siestes insouciantes de celui qui avait trouvé le pays où l’on ne meurt… jamais.

Dans ce spectacle, Matthieu Epp aborde le thème de l’immigration clandestine sans jamais tomber dans le lourd ni l’inconfortable. Avec justesse et délicatesse, de contes traditionnels en récits de vie, il nous amène dans les pas de ces hommes, ces femmes, réels et imaginaires, qui se sont déplacés à la recherche d’un ailleurs, pas toujours si meilleur.

J’ai été fascinée par la précision et l’adresse avec lesquelles il utilise une variété de supports qui font un écrin à la parole contée. La musique, le chant, le mouvement. Ce n’est jamais trop, le dosage est parfait. Matthieu Epp fait corps avec son accordéon diatonique, tel un deuxième poumon musical.

Le rythme de la voix, du corps, des mots sans cesse en variation, pour le plus grand plaisir de toujours nous maintenir alertes.

Matthieu Epp n’a pas seulement l’oreille musicale : il a l’oreille attentive. A l’écoute de son assistance, il n’hésite pas à interagir avec les éléments qu’il capte sur le moment ni à intégrer l’humour, afin de ne pas nous laisser, jamais, dans un état d’abattement.

Autant Michel Hindenoch interpelle mon nez quand il parle du « parfum de l’histoire », autant Matthieu Epp s’est adressé profondément à mes oreilles. 

C’est la musicalité de l’histoire qui m’a frappé chez ce conteur. « Comment l’oublier celui-là, oui comment l’oublier… celui qui marche vers le nord. Celui qui marche vers le nord.... » « Sept garçons qui courent…. » Quelques jours après avoir entendu Matthieu raconter, je fredonne quelques morceaux d’histoires qui m’accompagnent encore, par bribes, telles des incantations magiques.