Par Jan Munk

Quand viendra, pour nous, le roi Arthur?

Stéphanie Bénéteau nous conduit non pas qu’à l’épopée du roi Arthur, non, mais presque dans la nôtre, la tienne et la mienne. C’est qu’elle tient absolument à nous révéler le milieu de l’époque situé à l’angle des cultures anglo-celtique-druidique et chrétienne… enfin, pas tout à fait! C’est que le récit se passe avant, mais nous a été raconté à la lumière des valeurs patriarcales.

Les noms qu’elle nous apporte célèbrent une forme d’anti-fixation qu’on a avec nos noms qui nous sont assignés en permanence sur les multiples registres légaux ou religieux. Arthur n’a pas commencé avec Arthur. On en apprend sur l’histoire de la Bretagne de cette époque, les Pictes et les Saxons.

Comment nous sont arrivés ces dragons, hum? Bénéteau nous amène à un peu de respect à l’égard de ces créatures mythiques, ce n’est pas que du noir et blanc, le manichéen simpliste; même si ce sera du rouge et blanc, il reste que les couleurs britanniques sont à revisiter. Toute construction, que ce soit une route, un château fort, rencontre une dimension sacrée du lieu, d’où la rencontre de ces deux dragons. Et que dire de l’île Avalon au milieu d’un lac, je ne pouvais que me représenter la dimension sacrée de ce lieu, non pas que comme le lieu d’inhumation de Lady Diana, mais un lieu qui est accessible à quiconque.

Ce qui nous amène à parler du traitement des femmes dans cette légende historique. Leurs rôles dépassent justement les représentations qu’on peut se faire des soi-disant sociétés matriarcales. La sororité s’organise encore bien dans son récit en dépit des tentatives historiques d’usurpation entière du pouvoir (souvent associées à l’arrivée du christianisme à cette époque). La demi-sœur d’Arthur avec la tache sur la joue, signe trop souvent associé à une malédiction, finit par trouver non seulement sa mission, mais sa juste place comme guide spirituel de son petit frère qui entame les préludes de sa royauté. Le traitement du rôle de la femme est moins celui d’un féminisme menaçant que celui de permettre à la femme son juste rôle tant sur le plan social que celui historique. Des modèles pertinents ont été revisités tant avec la tante Viviane que la Morgane enfin rétablie. Je la revois encore enfourcher le cheval comme quelqu’un qui ne tombera plus dans un rôle imposé.

Et maintenant, il ne faudrait pas négliger ces hommes dont l’enfance bouleversée par des caprices de leurs parents adultes arrive quand même à mener des vies mythiques. Si on arrivait à lire les signes environnants (dragons, ours, carpe, ou…), aurions-nous peut-être moins de ces questionnements existentiels? Aurions-nous plus d’enchantements?

Le pouvoir de cette légende, tel que Stéphanie Bénéteau nous l’a contée, nous alloue forcément une prise en charge de nos vies en dépit des brumes et des puissances maléfiques; la bienveillance et la justice toujours accessibles, Arthur, Merlin, Viviane ou Morgane, qui sont-ils pour nous… en nous?