Par Jan-L. Munk

Michel Faubert n’a pas commencé avec Marie-Rose, mais j’avoue qu’elle m’a trotté dans la tête cette Marie-Rose! Tout au long du retour sur la 222, avec comme seules interruptions ces multiples alertes aux chevreuils! Pour toutes les vieilles dans ma vie, je n’avais jamais pensé à ce qu’il nous a glissé : «J’ai eu ce que j’avais voulu de la vieille et elle a eu ce qu’elle a voulu de moi.»

Il y avait beau avoir les brasiers du jugement dernier, des scènes de fin du monde ou cette histoire de miroir… mais cette Rose-Marie, même si elle a rendu service au jeune conteur ou apprenti qu’il était, même si elle avait une belle complicité avec sa mère, elle me laisse la trace de l’ex-voto sur sa tapisserie. La complainte d’après ne m’a pas aidé, me sauvant du bord de la chaise qu’avec la supplication du jeune cavalier «Grand Dieu, laissez-moi la vie sauve».

Je m’attendais donc à une de ces soirées macabres, sauf que le conte suivant nous a ramené sur des sentiers connus avec son histoire de la vaillante Adèle qui a su garder un secret. Faubert y est allé d’un soulier perdu à une pantoufle perdue. Juste pour dire combien le conte reste inépuisable avec si peu et si bien d’ailleurs. À nous voir espérer pour cette Adèle! Ouf! Vous auriez dû être là, sentir le soulagement dans cette salle, hé hé! J’entends Yvonne Bombardier se marrer de nous en sourdine.

Ensuite, Michel Faubert nous a conduit à travers des champs d’esprits qui font résonner des souvenirs des Anciens canadiens, non mais qu’est-ce que je raconte encore! C’est même avant cela, il faudra mieux connaître Philippe Aubert de Gaspé fils, et nous payer un «road trip» dans les hauteurs de la vallée des Outaouais jusqu’au temps où Champlain explorait jusqu’à la rivière des Français… oké, oké, pas de leçon de géographie aujourd’hui!
Pas de leçon aujourd’hui parce qu’à partir de ce moment-ci de la soirée, il nous a fait rire avec ces contes de son ami Ernest Fredette : celui du bon Dieu qui se déguise en pouilleux qui mendie chez le riche et chez le pauvre et qui revient chez le riche plus tard, ouais! Sachez reconnaître le bon Dieu, vous, les riches dédaigneux, ha ha! Et celui du vieux qui va vêler juste à cause d’une fiole d’urine convoitée… Il faut que je vous avoue avoir rêvé cette nuit sur le chemin de gravier de mon enfance en train de surveiller les fossés pour des bottes à jambes coupées.

Heureusement que notre conteur nous a rappelé que ce n’est qu’un conte et que sa voix résonne et fait raisonner. Oh mais qu’il y en avait des contes, des chansons, et du clin d’œil amical à Gilles Vigneault…