Par Petronella

Elle arrive, menue, vêtue de noir, toute en sobriété et commence par une manière de chant qui sort de ses mains comme d’un coquillage sacré, magique.

Tout au long des quatre histoires qu’elle partage avec la cinquantaine de personnes présentes, Mafane gardera cette sobriété et… cette magie.

Ses personnages sont tous aux prises avec la rupture, le départ, l’éloignement, la peur, la détresse, la souffrance, la solitude, mais aussi avec le temps, le rêve, la patience, la détermination, le surpassement, la dévotion (dans le sens de dévouement, loyauté, fidélité). Et surtout, surtout, avec le partage. La rencontre avec l’autre.

J’avoue avoir eu un faible… très fort pour la première histoire, celle d’Assam, jeune garçon recueilli par le vieux Apa, vendeur de thé au marché, Apa pour qui le thé doit nécessairement faire l’objet d’un rituel, complexe et lent. Un rituel si ancien et si profond qu’on s’attend à ce qu’il puisse sauver. De la perte, de la folie, de la guerre. Et bien sûr de la solitude.

Cette histoire m’a émue à plusieurs égards, au même titre que les autres histoires. Pour les images claires et dramatiques qu’elle évoque, la délicate poésie qui relie tous ses fils avec une implacable cohérence. Mais aussi, dans cette histoire en particulier, parce que pendant tout le temps où Mafane disait le mot «thé», je me suis plue à entendre le mot «conte».  Et j’ai eu une pensée pour notre ami Jihad Darwiche. En effet, quand on se rend compte que «l’autre» est un autre nous-même, que l’ailleurs devient l’ici, que l’histoire permet la rencontre, alors il reste l’espoir.

C’est, je crois, ce que Mafane a semé hier soir à la Maison des arts de la parole. De l’espoir. Ce faisant, elle a joint les mains, les a transformées en coquillage sacré… et elle chanté.