Par Jan-L. Munk

Une harpe nous attend sur une table côté cour, nos quatre bardes-conteurs entrent en procession avec Anne Borlée qui entame par une sorte de fado à cette harpe qui nous conduit, avec Nidal Qannari puis, discrètement, Matthieu Epp, à travers le récit d’une gente demoiselle en quête de mûres sauvages, qui rencontre un puma sincèrement amoureux transformé en humain. Les deux amoureux se permettent un avenir en dépit d’une mère tigresse qui n’attend que d’apaiser sa faim d’ogresse avec ses trois petits-enfants. Et ce sera la quête d’eau qui nous gardera en haleine durant cette intrigue, et ses autres quêtes qui suivront…

Pourquoi «Figures de proue»? C’est qu’il faut vraiment un pied marin pour suivre nos quatre troubadours et ne pas cesser de respirer même lorsqu’au bout de nos chaises. Ils nous ont entraînés en haleine, à travers incantations, musique de harpe, de guimbarde, d’accordéon et de vielle, à travers moments de silence, chants, poésie et récits.
Myriam Pellicane, la fière marraine de ces conteurs et conteuses qu’elle nous présente de toute sa fierté, se fait discrète tout en se donnant à plein lorsqu’elle prend le rôle de conteuse.

Julie Boitte nous fait marcher en haleine à travers les carreaux de plancher institutionnel en linoléum bleu tachetés de gris dans une de ces verves poétiques qui vous assomment de lucidité, de verve et de sainte indifférence. Sauf que les rituels ne cessent pas! Avec une table qui glisse bruyamment tel un rituel cathartique, Anne Borlée nous sort de cette dernière randonnée torpide pour nous faire voyager à travers images et autres souvenirs luxuriants.

Lorsque nos larrons nous entraînent avec la chanson qui retrace nos multiples racines d’Irlandais, de métis et de sang-mêlé, de soldats, de forçats, de filles du roi, on se demande où ils ont pris tout ce temps pour si bien nous connaître. Et voilà que la soirée déjà avancée, nous ne sommes qu’à l’entracte.

Ah! Ce couple si bien rangé que sont Henri et Agathe dans leurs draps amidonnés… jusqu’à ce qu’ils découvrent l’intérêt dans l’attitude de leurs voisins, Gaston et Simone dont on parle ni des draps irréprochables, ni des pyjamas, ni de leur livre de prières. Oh! De voir ces vies si rangées transformées par de simples bruits nocturnes passionnels.

À l’opposé, que dire des soupçons mutuels d’une innocente jeune dame et de son mystérieux mari, nécrophage de surcroit, capables de pousser cette femme vers un mariage comblé en toute apparence avec un seigneur potentiellement polygame sauf que… le cœur soi-disant jaloux de son ancien amoureux l’ayant conduit à voler les trois enfants et à soulever des bassesses chez les rivales jalouses; mais aussi s’amener à «pardonner» tant la force de caractère et l’amour de notre patiente héroïne est sincère, et la sauver de jalousies rivales. Ouf! Toute une étude de mœurs qui peut nous conduire à explorer chez nous des passions insoupçonnées et à nous réconcilier.

Bonne semaine en perspective…