Par Josée Courtemanche

Silences, sens et paroles

La porte du Café Kàapeh s’ouvre et tout de suite on « entend » le silence. Ils sont pourtant au moins cinquante, ce soir-là, dans le petit café. Mais ce silence, ce beau silence de la qualité de ceux qui écoutent, rempli l’air et me happe.

Les visages sont tournées vers le mur du fond où une conteuse venue de Belgique et un conteur bien de chez nous animent l’espace. Elle est grande, habillée de noir, les cheveux noirs, la peau blanche et « un petit je ne sais quoi » d’Isabelle Adjani. Lui, grand de présence, une expression concentrée sur le visage à l’ombre d’un magnifique chapeau.

Elle, Julie Boitte, conte lentement. Sa voix douce, un peu grave, se rend tranquillement jusqu’aux fonds, jusqu’aux derniers spectateurs arrivés. Jusqu’à moi. La plupart du temps, elle se tient droite, tendue vers son public. Lorsqu’elle bouge ses longs bras et ses longues jambes, apparaît le personnage, le dialogue, le territoire de son histoire. Tout se fait lentement avec une certaine gourmandise.

Lui, Michel Faubert, conte plus vite. Sa voix, reconnaissable à sa vibration particulière, nous vrille au cœur de l’intrigue du conte. Sonore, effilée et grave, elle s’empare de notre attention. Il joue avec les notes, les rythmes, chante et conte dans le même souffle.

Une soirée de contes c’est, bien sûr, les histoires partagées – qui se glisseront peut-être dans notre mémoire – c’est aussi des sensations, des impressions, des images et des sons. Une soirée de contes c’est l’amalgame évanescent des sens avec la parole du conteur et de la conteuse. 

Une soirée de conte c’est un échange entendu entre celui qui vient parler et celui qui vient écouter : un silence pour une histoire.