Par Jan-L. Munk

Déjà que le fait d’entrer au Café «The Singing Goat» te donne la sensation d’un accueil chaleureux, tu es préparé à entrer dans l’univers des contes.

Ce sera dans un monde de contes de fées (sans fée, faut l’préciser…) que Jeanne Ferron nous amène où une châtelaine sans descendance et une souillon fertile habillée de sacs à patates sont confrontées comme femmes. Une histoire où, par le pouvoir transformateur de son humour, la conteuse nous conduit vers le dialogue.

Les êtres humains peuvent tellement se prendre au sérieux qu’ils ruinent les ponts d’accès aux meilleures possibilités. Hum, ç’aurait pu être une fable; qu’est-ce t’en penses, de La Fontaine? Plus proche de Gudule, sans pied de nez, Ferron nous  amène à nous alléger le fardeau de nos multiples formes d’amour-propre, à nous défaire de nos tendances à recourir à des représailles, à souhaiter la punition ou à prononcer des malédictions. Mais rire comme cela m’aide à espérer en un Dieu qui doit rire dans sa barbe.

Comme de connivence, Stéphanie Bénéteau nous conduit dans la même veine, mais tellement par les chemins qui confrontent un à un nos regards projetés sur l’Autre sexe, nos possibles tendances à la généralisation (ou aux préjugés) gratuite qui révèlent des attitudes fondées à partir de blessures et des murs de certitudes construits à la hâte pour colmater une identité fragilisée, derrière lequel mur il est si facile de se barricader, de se replier.

Tout comme l’autre conteuse, Bénéteau se montre indulgente face à ces froides tendances humaines  en nous présentant  une femme sage, solide comme la princesse qui sait accueillir et faire accueillir nos natures imparfaites et qui par son accueil aide à guérir.

Jeanne Ferron nous revient avec un autre mâle (encore!) qui se veut plus rusé, mais qui, dans le fond, je dirais qui, pour contrôler sa situation et faire aboutir ses projets, se choisit une éventuelle mère de ses enfants, l’imaginant pas trop intelligente, ou s’imaginant plus futé qu’elle… pauvre mec!

C’est au  tour de Stéphanie Bénéteau avec une légende abénakis sur cet adulte tout aussi sûr de lui qui a réussi à combattre tout ce qui pouvait le rivaliser ou le menacer, se voit terrassé par le cri «épouvantable» d’un bébé.

Pour ce qui est du micro libre, nous avons été transportés avec «La jambe en or» de Josianne Grenier. Disons que dans mon cas, c’était plus qu’un simple conte, car plus tard en soirée devant l’escalier de la Maison des arts de la parole, j’ai été pris d’un de ces vertiges et… me le suis fait rappeler.

Un entracte poétique de Louis-David Bibeau nous a fait remonter dans le temps par sa verve de barde. Michel Thibault, pour sa part, nous a encore emmené visiter Ti-Jean avec une de ses escapades. Louise De Brouin, pour sa part, a eu l’audace de nous conduire jusque dans les «Badlands», j’en ressens encore l’odeur de l’air de ce pays. Et comme dessert, nous avons eu droit à une randonnée dans les environs de Florence avec Mariella Bertelli.