Par Jacques Falquet

Mardi 22 mai, 18h Maison de quartier Romain-Rolland, St-Martin-d’Hères

On annonce des orages. Je regarde le massif de la Chartreuse, qui domine Grenoble; on dirait que la pluie tombe là-bas, mais le ciel n’est pas trop menaçant au-dessus de la ville. Tant pis : je marche. Cette fois, j’ai retranscrit les indications pour ne pas me perdre! Quelques gouttes finissent par tomber, mais j’arrive sec à la Maison de quartier Rommain-Rolland. Le spectacle, destiné aux familles, est présenté dans une palestre circulaire où pendent des câbles et des trapèzes. On a installé un petit rideau noir pour créer un fond de scène; devant le rideau, un haut tabouret. Mélancolie Motte s’y place, nous salue, établit tout de suite le contact avec le public. Elle nous présente un spectacle vif, intelligent, qui repose sur un conte cadre particulièrement réussi: les rapports  entre un grand-père et le petit-fils dont il a la charge du retour de l’école au coucher, parce que les parents travaillent le soir. Leurs échanges taquins et affectueux, mais parfois aussi tendus, servent de prétexte pour échanger de l’information sur l’écologie de l’eau et de tremplin vers un récit du déluge, vers un conte merveilleux (« Les trois oranges » où l’eau joue un rôle central) et vers un conte de randonnée (une histoire de souricette inspirée de la chanson « Ah tu sortiras, Biquette de ce trou là »). Mélancolie Motte est une orfèvre discrète : pas de tape à l’œil, mais le spectateur attentif savoure  les allitérations, les ritournelles qui surgissent sans prévenir, l’accompagnement rythmique des doigts qui tapotent le tabouret ou les joues, les ellipses qui ouvrent la porte de l’imaginaire, l’aisance avec laquelle elle sort du récit pour échanger avec les enfants — et les adultes —  qui l’écoutent joyeusement et sautent à pied joints sur l’occasion de répondre pendant la randonnée Le message écologique est à la fois instructif et imagé (par exemple, on illustre la quantité d’eau potable disponible sur la planète en pliant et déchirant progressivement une feuille de papier). Il est presque toujours présenté par le regard de l’enfant, sans jamais devenir simpliste ni démagogique. On en sort séduit par l’énergie joyeuse de Mélancolie Motte, la subtilité de son travail et l’affection sincère qu’elle manifeste à l’égard des enfants.  Je ne vous raconte pas la surprise de la fin, parce que j’espère bien que vous aurez la chance de la découvrir vous-même…

P.S. : L’orage a éclaté en plein milieu du spectacle, dont la deuxième moitié a été rythmée par une pluie aussi vive que son sujet! Heureusement, les bons samaritains du festival étaient là pour me donner un lift jusqu’au théâtre l’Odyssée, d’Eybens, pour le spectacle d’Adèle Zouane.