Par Jacques Falquet

21 mai 2018, 18h, sous la voie de tramway, station Prédieu-Fiancey, St-Égrève

Nathalie Thomas est une conteuse de proximité. Elle travaille auprès des associations (qui correspondent à ce qu’on appelle « groupes communautaires » au Québec); elle présente des spectacles dans un minibus sur lequel on peut lire « Le plus petit théâtre du monde », pour une demi-douzaine de spectateurs à la fois; elle fait des résidences scolaires. Et elle fait La soupe aux cailloux. Pour ce nouveau projet, elle s’installe dans un quartier ou un village pour quelques jours, dormant sous la tente, dans la rue ou chez l’habitant pour s’imprégner de l’atmosphère des lieux. Avec son équipe de musiciens et de danseuses, pendant une semaine, elle sonne aux portes et invite les habitants du lieu apporter quelques jours plus tard, dans un lieu public significatif, un aliment à jeter dans une soupe collective qu’ils seront invités à déguster; pendant que la soupe cuit, elle leur racontera des histoires.

Le rendez-vous a été donné dans un espèce de tunnel très large et très aéré qui passe sous la voie de tramway, un espace dont les dimensions correspondent à peu près à celles d’un grand gymnase, en plus bas. C’est un lieu de passage entre des habitations et un grand parc. Quand nous arrivons, l’équipe s’affaire à couper les légumes sur trois grandes tables, tandis que l’eau chauffe dans une grosse marmite. Une cinquante de personnes ont répondu à l’appel, dont beaucoup de familles. L’atmosphérique est très animée, tout le monde reste debout pour parler, entre les tables et une rangée de chaises de parterre et de coussins. Nathalie Thomas accueille chacun avec beaucoup de chaleur. Bientôt, trois cuisiniers quittent la table pour commencer à jouer des percussions et des instruments à corde, tandis que deux cuisinières se transforment en danseuses, dont une en chaise roulante. C’est entraînant, joyeux… et efficace : tout le monde est bientôt assis. Les musiciens et les danseuses accompagneront Nathalie Thomas pendant tout le spectacle. Et, pendant tout le spectacle, Nathalie Thomas contera en scandant son récit, en le dansant et en l’accompagnant de gestes qui ressemblent à de la langue des signes. Elle taira aussi systématiquement certains mots, pour nous inviter à conter avec elle, dans l’esprit des chansons à répondre.  C’est déstabilisant, par rapport aux conventions du conte, et la proposition risque de lasser si elle est reprise trop systématiquement. (Ceci dit, elle très bien choisie quand la musique masque les bruits e la ville et que les gestes créent un pont avec les populations allophones, comme c’était le cas.) Mais cette proposition était amenée avec tel enthousiasme et une telle conviction que je me suis senti emporté par un élan de solidarité et de plaisir collectif ! Comme conteur, j’ai aussi envié le rapport radicalement différent qu’elle installe avec le public, un rapport qui reconnaît à l’artiste un rôle officiel dans la cité, en plein jour, au lieu de l’isoler dans un lien d’individu à individu, dans l’ombre d’une salle de spectacle. 

Je n’ai pas pu rester pour goûter à la soupe, mais je vous garantis qu’elle sentait bon!

https://compagnienathaliethomas.com/